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France mĂšre des arts, des armes et des lois. 2. Citation de cĂ©lĂ©britĂ© . Joachim Du Bellay. Artiste, Ă©crivain, PoĂšte (1522 - 1560) Images : citation de joachim du bellay sur mere Belle phrase avec photo (Citation armes) TĂ©lĂ©chargez. Images d'une pensĂ©e : armes et france. Veuillez trouver 2 formats d'image classique noire : une petite image et une grande image. Renaissance belle Ă©poque de l’Histoire de France. Autre poĂšte de la PlĂ©iade, sa cĂ©lĂšbre trilogie « des arts, des armes et des lois » rĂ©sume l’histoire de cette Ă©poque si riche, si contrastĂ©e : « Ona ratĂ© l'Europe. L'Allemagne sera grande et la France sera de plus en plus petite. Nous y sommes! On avait eu 1870, on avait eu 1914 (et il s'en est fallu de peu que Paris soit occupĂ© et la guerre finie encore une fois avant d'avoir commencĂ©. GalliĂ©ni nous a offert 4 ans)on avait eu 1940. Trois guerres, en fait 3 dĂ©faites qui venaient France MĂšre des Arts, des Armes et des Lois. par Joachim du Bellay. Sonnet IX. France, mĂšre des arts, des armes et des lois, Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle : Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle, Je remplis de ton nom les antres et les bois. Si tu m'as pour enfant avouĂ© quelquefois, France mĂšre des arts, des armes et des lois. France, mĂšre des arts, des armes et des lois, Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle : Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle, Je remplis de ton nom les antres et les bois. Si tu m’as pour enfant avouĂ© quelquefois, Que ne me rĂ©ponds-tu maintenant, ĂŽ cruelle ? Site De Rencontre Gratuit Entre Femmes. MariĂ©e Ă  Sigebert en 566, la jeune reine, en arrivant en Austrasie, y apporta les idĂ©es d’administration et d’unitĂ© de pouvoir sur lesquelles s’était formĂ© l’empire des Wisigoths ; elle ne trouvait pas de plus belle organisation que celle de cette grande autoritĂ© romaine, dont toutes les parties Ă©taient si rĂ©guliĂšres, oĂč le calme naissait de l’action respectĂ©e de la loi. DĂšs que son mariage l’eut associĂ©e au gouvernement de l’Austrasie, elle prĂ©tendit rĂ©gner souverainement, faire respecter les lois, y soumettre les grands et les punir sans considĂ©ration de leur rang. La royautĂ© neustrienne, qui avait rĂ©ussi Ă  faire prĂ©valoir les traditions romaines dans l’ouest, encourageait les efforts de Brunehaut ; elle se voua dĂšs lors Ă  cette tĂąche difficile, et, bien que ses dĂ©bats avec FrĂ©dĂ©gonde aient plutĂŽt donnĂ© une longue popularitĂ© Ă  son nom, c’est dans le gouvernement intĂ©rieur de l’Austrasie que cette grande individualitĂ© de la premiĂšre Ă©poque de notre histoire apparaĂźt dans toute sa force. Ses tentatives de rĂ©forme Ă©chouĂšrent contre les libres habitudes des Austrasiens ; moins mĂȘlĂ©s que les Neustriens Ă  la population gallo-romaine, rajeunis constamment pour ainsi dire par le contact des Germains, ils rĂ©sistĂšrent Ă  tous les souvenirs du vieil empire, ils rejetĂšrent violemment la civilisation qu’on prĂ©tendait leur imposer Brunehaut succomba Ă  la fin, mais on n’en doit pas moins admirer l’étonnante Ă©nergie de ce caractĂšre qui durant cinquante ans, et parfois avec succĂšs, lutta contre l’opposition puissante des Austrasiens. Elle rĂ©ussit d’abord dans ses desseins ; sa grĂące, la supĂ©rioritĂ© de son esprit lui acquirent sur son Ă©poux une influence considĂ©rable La jeune vierge, dit GrĂ©goire de Tours, avait de la noblesse dans ses actions ; elle Ă©tait belle Ă  voir, ses maniĂšres respiraient la politesse et la grĂące ; elle Ă©tait bonne pour le conseil, et ses discours charmaient. » Sigebert se laissa surprendre par tant de sĂ©ductions la belle et noble fille du midi domina le barbare ; les lois austrasiennes furent rĂ©formĂ©es, et la peine de mort substituĂ©e Ă  l’expiation pĂ©cuniaire. Pendant neuf annĂ©es, tant que Sigebert exista, l’Austrasie quoiqu’avec impatience subit ces rĂ©formes ; mais Ă  la mort de celui-ci commença pour Brunehaut une lutte remplie de pĂ©rils et de vicissitudes, les haines longtemps contenues Ă©clatĂšrent avec vĂ©hĂ©mence. DĂšs que Sigebert fut tombĂ© sous les coups de FrĂ©dĂ©gonde, les Austrasiens refusĂšrent de combattre pour l’étrangĂšre ; ils l’abandonnĂšrent en face de ChilpĂ©ric, dont Sigebert avait envahi les possessions. Brunehaut prĂ©fĂ©ra encore le ressentiment de celui-ci Ă  la haine de ses leudes ; elle demeura Ă  Paris, d’oĂč le roi de Neustrie, n’osant la faire pĂ©rir, l’envoya prisonniĂšre Ă  Rouen tandis que les Austrasiens, enlevant son fils Childebert, Ă  peine ĂągĂ© de cinq ans, le ramenaient Ă  Metz. Lorsque, aprĂšs son mariage avec MĂ©rovĂ©e, fils de ChilpĂ©ric Ier, Brunehaut s’échappa de la tour de Rouen et revint en Austrasie, elle y trouva les leudes maĂźtres absolus sous un roi enfant ; elle essaya cependant de ressaisir l’autoritĂ© un parti puissant se forma en sa faveur, mais il fut vaincu ; et comme au moment du combat elle voulait intervenir pour sauver Lupus, duc de Champagne, les grands qu’elle avait espĂ©rĂ© soumettre la repoussĂšrent avec dĂ©dain Retire-toi, ĂŽ femme, dirent-ils Ă  la reine, si tu ne veux ĂȘtre foulĂ©e aux pieds de nos chevaux ; qu’il te suffise d’avoir gouvernĂ© le royaume sous ton mari maintenant c’est ton fils qui rĂšgne, et son royaume est sous notre protection. » A la majoritĂ© de Childebert, ou pour mieux dire dĂšs qu’il put porter une Ă©pĂ©e et commander par lui-mĂȘme, l’influence de Brunehaut reprit son ascendant. Une conspiration des leudes contre Childebert fut dĂ©jouĂ©e, les chefs principaux en furent mis Ă  mort, et le roi d’Austrasie reprit une autoritĂ© absolue. Ce fut la pĂ©riode la plus heureuse du gouvernement de Brunehaut ; elle se vit si bien affermie qu’à la mort de son fils elle resta, sous le nom de ses petits-fils, seule maĂźtresse du pouvoir en Austrasie. Supplice de Brunehaut en 613 Elle Ă©tait alors respectĂ©e des papes, des empereurs, des rois barbares ; obĂ©ie des grands ; elle protĂ©geait les arts, construisait des monastĂšres, rĂ©formait les mƓurs du clergĂ© et correspondait avec le pape GrĂ©goire le Grand, qui, au sujet de la conversion des Anglo-Saxons, Ă  laquelle elle avait pris part, lui Ă©crivait L’autoritĂ© doit ĂȘtre basĂ©e sur la justice ; vous tenez inviolablement Ă  cette rĂšgle, on le voit Ă  la maniĂšre digne d’éloges avec laquelle vous gouvernez tant de peuples divers. Votre zĂšle est ardent, vos Ɠuvres prĂ©cieuses, votre Ăąme affermie dans la crainte de Dieu. » Autour de Brunehaut, en mĂȘme temps que les lois s’exĂ©cutaient, les monuments s’élevaient, les routes se traçaient Ă  l’imitation des grandes voies romaines ; elle apportait Ă  ces travaux une telle ardeur que, de mon temps, Ă©crit Aimoin deux siĂšcles plus tard, on montre encore une foule d’édifices que Brunehaut construits ils existent en si grand nombre et dans toutes les parties de la France que l’on a peine Ă  croire qu’ils soient l’ouvrage d’une mĂȘme femme. » Aujourd’hui mĂȘme, en Bourgogne, en Lorraine, en Flandre, on rencontre les restes de plusieurs chaussĂ©es, de quelques Ă©difices que les habitants nomment levĂ©es de Brunehaut, chemins de la Reine, tour de Brunehaut. Le souvenir de la reine d’Austrasie, qui gouverna, on peut le dire, pour assurer les droits des faibles autant que ceux de la royautĂ©, s’est conservĂ© traditionnellement dans le peuple. Ce furent les derniĂšres prospĂ©ritĂ©s de la vie de Brunehaut chassĂ©e d’Austrasie par ThĂ©odebert, son petit-fils, elle est obligĂ©e de se rĂ©fugier auprĂšs du second fils de Childebert, ThĂ©odoric, roi de Bourgogne ; elle l’arme contre son frĂšre. Le roi d’Austrasie vaincu Ă  deux grandes batailles, Ă  Toul et Ă  Tolbiac, est tuĂ© avec ses enfants par le conseil de son aĂŻeule. Brunehaut semble de nouveau triompher ; mais au milieu de ses succĂšs ThĂ©odoric meurt lui-mĂȘme, laissant quatre fils encore enfants Ă  la tutelle de la vieille reine. Celle-ci se disposait Ă  s’emparer de l’Austrasie et de la Bourgogne et Ă  rĂ©tablir, selon l’ambition de sa vie entiĂšre, un vaste empire sur le modĂšle de Rome, quand les leudes d’Austrasie crurent arrivĂ©e l’occasion d’en finir avec leur implacable adversaire. Une ligue se forme ; et Brunehaut, qui marchait avec une armĂ©e de Bourguignons et d’Austrasiens contre Clotaire II, roi de Neustrie depuis 584, lui est livrĂ©e par les siens, comme dĂ©jĂ  quarante ans auparavant on l’avait abandonnĂ©e Ă  la fureur de ChilpĂ©ric. Brunehaut devant Clotaire II A la vue de l’ancienne ennemie de sa mĂšre, le fils de FrĂ©dĂ©gonde sentit s’éveiller en lui une invincible haine ; il accabla d’injures la reine d’Austrasie, lui reprocha la mort de tous ceux qui s’étaient engagĂ©s Ă  diverses Ă©poques dans sa cause, et il condamna Ă  un supplice affreux cette femme Ă©nergique qui avait un instant commandĂ© Ă  deux royaumes, qui Ă©tait fille, sƓur, Ă©pouse et mĂšre de rois. Pendant deux jours il la fit traverser les rangs de son armĂ©e, honteusement montĂ©e sur un chameau, exposĂ©e aux mĂ©pris et aux rires de ses soldats ; puis, quand la malheureuse reine eut Ă©puisĂ© jusqu’à la fin cette flĂ©trissante ignominie, le roi la fit attacher par les cheveux, par un bras et par un pied Ă  la queue d’un cheval indomptĂ©. BientĂŽt le sang de Brunehaut, ses membres dĂ©chirĂ©s couvrirent l’espace que l’animal, excitĂ© par le fouet et par les cris des soldats, parcourait dans une course furieuse. Suivant une ancienne tradition, le corps meurtri fut placĂ© sur un monceau de bois auquel on mit le feu ; ensuite on plaça sous le grand autel de l’église d’Autun les cendres et les os Ă  demi brĂ»lĂ©s qu’on avait recueillis sur le bĂ»cher. En 1462 ce tombeau fut couronnĂ© d’une arcade dans l’intĂ©rieur de laquelle on plaça une inscription consacrĂ©e Ă  la mĂ©moire de Brunehaut. A la mort de la reine d’Austrasie 613 commence la dĂ©chĂ©ance de la lignĂ©e mĂ©rovingienne, qu’elle avait essayĂ© d’affermir par de grandes institutions ; l’autoritĂ© des maires du palais se substitue au pouvoir royal, et dĂšs lors, dans les luttes de la Neustrie et de l’Austrasie, on voit apparaĂźtre au premier rang les chefs de la dynastie carolingienne. Les Ă©crivains qui ont racontĂ© la vie de Brunehaut obĂ©irent aux ressentiments des Austrasiens, sur qui elle avait prĂ©tendu appesantir le joug de la loi ; sa mĂ©moire fut flĂ©trie d’accusations odieuses, et l’on plaça longtemps sur la mĂȘme ligne FrĂ©dĂ©gonde et la princesse wisigothe. Sans doute Brunehaut imita souvent les exemples cruels que donnaient les barbares ; mais nĂ©anmoins, par son courage, par l’énergie de son caractĂšre, par l’élĂ©vation de son esprit, mĂȘme par sa bonne et sa mauvaise fortune, la fille d’Athanagild reste la plus imposante figure de ce temps. 1 À propos de l’essor nouveau des recherches en sciences sociales sur le sujet, voir l’état des lieu ... 1Des amazones mythiques aux viragos des romans, de Nikita Ă  Lara Croft, des hĂ©roĂŻnes de mangas aux sorciĂšres, nombreuses sont les figures fĂ©minines violentes qui peuplent l’imaginaire des productions culturelles et mĂ©diatiques. HĂ©roĂŻques ou monstrueuses, dĂ©signĂ©es parfois comme les instigatrices de la violence des hommes, elles suscitent Ă  la fois l’engouement, la fascination et la rĂ©pulsion. La violence des femmes, jusqu’à une date rĂ©cente en France1, est pourtant restĂ©e une question trĂšs peu explorĂ©e dans le champ des sciences humaines et sociales, en particulier en sociologie de la dĂ©viance et des institutions pĂ©nales. On rĂ©pugne Ă  aborder le sujet, reproduisant au niveau de l’analyse 
 la rĂ©ticence Ă  s’approcher du corps des femmes, autre que maternel Perrot, 2002, 125. Cette formule de Michelle Perrot Ă  propos des violences faites aux femmes s’applique Ă©galement aux violences exercĂ©es par les femmes, comme si le corps des femmes Ă©tait, jusque dans les recherches, toujours associĂ© au maternel et donc au care Paperman, Laugier, 2006, Ă  la sollicitude et au soin. Les femmes violentes contribuent ainsi Ă  brouiller les frontiĂšres, Ă  instaurer un trouble qui est bien social et non pas seulement de l’ordre de l’exceptionnalitĂ© historique ou clinique. Le dĂ©fi est double. Non seulement il s’agit de s’attaquer Ă  une notion – la violence – dĂ©finie par les anthropologues et les philosophes comme ce rĂ©sidu impensable, irrationnel, intolĂ©rable qui dĂ©fie les catĂ©gories de l’analyse Lenclud, Claverie, Jamin, 1984 ; Lavergne, Perdoncin, 2010, mais il faut en plus la dĂ©cliner au fĂ©minin – alors mĂȘme que l’ordre des sexes et des genres et, au-delĂ , l’ordre social, fait de la violence un attribut du masculin viril. 2En proposant ce numĂ©ro spĂ©cial de Champ PĂ©nal, il s’agit par consĂ©quent d’interroger ce couple en apparence impossible. En apparence seulement si la violence constitue un domaine rĂ©servĂ© des hommes, ils n’en ont pas pour autant le monopole. Oui, les femmes sont violentes malgrĂ© leur douce nature, affirmaient ironiquement Arlette Farge et CĂ©cile Dauphin Dauphin, Farge, 1997, 12 dans leur ouvrage pionnier De la violence et des femmes. IndĂ©niablement minoritaire en termes d’occurrence statistique, la violence des femmes est un phĂ©nomĂšne constant. Et ceci se vĂ©rifie aussi bien Ă  la pĂ©riode contemporaine que dans les Ă©poques prĂ©cĂ©dentes, et dans des aires gĂ©ographiques trĂšs variĂ©es. De la mĂȘme maniĂšre que pour Durkheim, le suicide ou le crime, loin d’ĂȘtre pathologiques, sont des phĂ©nomĂšnes rĂ©guliers et dignes d’investigation sociologique, nous voudrions monter tout l’intĂ©rĂȘt pour les sciences sociales de penser l’accĂšs des femmes Ă  la violence. 3La violence des femmes peut ĂȘtre analysĂ©e sous des angles divers. Pour ce numĂ©ro, nous avons fait le choix de nous intĂ©resser Ă  la dimension sexuĂ©e du contrĂŽle social de la violence, formalisĂ© dans des institutions lĂ©gales, non limitĂ©es aux institutions pĂ©nales institutions disciplinaires, judiciaires, para-pĂ©nales, cliniques, qui jouent Ă  la fois comme des instances de reconnaissance et d’occultation de la violence fĂ©minine. Comment, dans quels espaces et selon quelles modalitĂ©s s’exercent concrĂštement la prise en charge de la violence des femmes ? Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, il convient de se pencher sur les pratiques professionnelles, le fonctionnement des institutions de rĂ©gulation, mais aussi d’interroger l’articulation entre savoir et pouvoir Foucault, 1975 dans sa dimension sexuĂ©e. En quoi les catĂ©gories profanes et savantes contribuent-elles Ă  rejouer les processus de diffĂ©renciation des sexes et confĂšrent Ă  la violence des femmes un caractĂšre contre-nature ou privĂ© ? Ce faisant, il s’agit de poursuivre le chantier ouvert par d’autres et de contribuer Ă  Ă©clairer la maniĂšre dont les sociĂ©tĂ©s vivent, pensent et imaginent la violence fĂ©minine Dauphin, Farge, 1997, 11 et de mettre au jour la dimension sexuĂ©e de l’ordre et du contrĂŽle social pour mesurer, in fine, l’enjeu social et politique que revĂȘt la reconnaissance de cette violence fĂ©minine. 4Cette reconnaissance ne relativise pas celle des violences faites aux femmes, elle ne conduit pas non plus Ă  proposer une symĂ©trie entre violences des et violences sur les femmes. Par ailleurs, dire que les femmes sont des ĂȘtres douĂ©s de violence n’érige pas pour autant les hommes en victimes de femmes surpuissantes, comme le prĂ©tendent les discours masculinistes et antifĂ©ministes. Se complexifie en revanche le jeu des interactions et des assignations de rĂŽle. I - L’euphĂ©misation du phĂ©nomĂšne 5La violence fĂ©minine se prĂ©sente sous le mode d’une prĂ©sence/absence. HypertrophiĂ©e, ultravisible, elle n’en est pas moins occultĂ©e, voire dĂ©niĂ©e – les deux processus, on le verra, allant souvent de pair. Comment expliquer cette invisibilitĂ©, qui concerne aussi bien le monde social que les recherches scientifiques ? 1. La dĂ©finition de la violence une savonnette 2 À dĂ©faut de pouvoir nous appuyer sur une Ă©tude historique de l’apparition et de la disparition du ... 6Cette invisibilisation tient d’abord Ă  la violence elle-mĂȘme. Il est convenu, dans les analyses sur la violence, de rappeler combien le terme demeure Ă  la fois difficile Ă  dĂ©finir et Ă  dĂ©crire. Il suffit, pour s’en convaincre, de se plonger dans diffĂ©rents codes pĂ©nal, civil, code de procĂ©dure pĂ©nale2. Sur le plan pĂ©nal, la violence ne constitue pas une infraction ou une catĂ©gorie en soi comme le vol, le viol, les coups et blessures volontaires. Il s’agit surtout d’une circonstance aggravante pour qualifier une infraction, comme par exemple le vol avec violence ou dans le code civil un motif de rupture de contrat, que la violence ait eu lieu ou pas la menace de violence ». Dans les codes, le terme de violence » est le plus souvent employĂ© au pluriel et dĂ©fini par dĂ©faut dans une Ă©chelle de comportements et d’infractions coups, ruse, intimidation, violence, torture et actes de barbarie. Il constitue une forme de mot valise qui permet aux acteurs de la chaĂźne policiĂšre et judiciaire d’englober toute une sĂ©rie d’infractions et d’activitĂ©s en les qualifiant de violentes », sans qu’il y ait un rĂ©pertoire de faits et gestes a priori constituĂ© de ces formes de violence. C’est en quelque sorte une case vide, laissĂ©e Ă  l’apprĂ©ciation des lĂ©gislateurs, au mĂȘme titre qu’une autre notion, celle de danger » article 375 du code civil. Ce constat invite Ă  beaucoup de prudence Ă  l’égard d’une dĂ©finition prĂ©cise d’une notion dont on voit bien qu’elle a vocation Ă  rester floue, y compris pour le droit. Ce qui implique, du point de vue de la recherche, de s’interroger sur les opĂ©rations de qualifications des infractions et des actes. 7Se pose en effet un problĂšme mĂ©thodologique majeur quand on Ă©tudie la violence faut-il s’intĂ©resser uniquement au processus d’étiquetage par les acteurs de ce qu’ils/elles considĂšrent comme violent et non-violent, sachant que les seuils de tolĂ©rance Ă  la violence diffĂšrent d’un groupe social Ă  l’autre, d’une Ă©poque Ă  l’autre, d’une situation Ă  l’autre ? Sont-ce les chercheur-e-s en sciences sociales qui dĂ©signent tel Ă©vĂ©nement, tel fait comme violent – au risque de proposer une dĂ©finition trĂšs extensive de la violence ? En ce qui concerne l’étude des femmes, les opĂ©rations de requalification et de traduction sont trĂšs importantes car il ne s’agit pas seulement de mettre en Ă©vidence la violence fĂ©minine la plus spectaculaire, mais d’exhumer des situations de violence fĂ©minine, dĂ©niĂ©es comme telles, ou euphĂ©misĂ©es, obligeant Ă  dĂ©coder les archives. Dans tous les cas, la dĂ©signation de la violence, qu’elle Ă©mane des acteurs Ă©tudiĂ©s ou du discours scientifique qui produit ses propres catĂ©gories, n’est pas neutre, elle oblige Ă  procĂ©der Ă  une sĂ©lection dont les effets sont performatifs. 2. Le tabou fĂ©ministe de la violence des femmes 8La difficultĂ© Ă  rendre compte de la violence, Ă  la fois sur le plan empirique et sur le plan thĂ©orique, est redoublĂ©e par un processus d’invisibilisation des femmes - ces fameuses silencieuses de l’Histoire » Perrot, 1998. Comme le montre l’ouvrage dirigĂ© par FrĂ©dĂ©ric Chauvaud et Gilles Malandain 2009, les femmes qui passent devant la justice aux XIXe et XXe siĂšcles se trouvent dans un double bind impossibles victimes » et impossibles coupables », les femmes peinent Ă  faire reconnaĂźtre comme non pathologiques ou non exceptionnelles les violences dont elles sont victimes, mais aussi les violences qu’elles infligent. Indissociables, ces deux opĂ©rations tĂ©moignent de la position mineure » des femmes. 9L’organisation sociale repose en effet sur la mise en scĂšne matĂ©rielle et symbolique d’une bipolaritĂ© qui distribue tĂąches et stĂ©rĂ©otypes, opposant nature/culture, espace privĂ©/espace public, donner la vie/donner la mort, force/faiblesse, virilitĂ©/fĂ©minitĂ©, sexe masculin/sexe fĂ©minin Ortner, 1998 ; HĂ©ritier, 1996. Cette division sexuelle des rĂŽles, des stĂ©rĂ©otypes et des symboles confine le groupe des femmes Ă  ĂȘtre des agents de pacification des mƓurs et non des guerriĂšres – ou plus exactement Ă  se voir interdire les armes les plus sophistiquĂ©es. Tel est le principe mis au jour par l’anthropologue Paola Tabet qui a enquĂȘtĂ© sur les rĂšgles de rĂ©partition des outils et a constatĂ© un gap technologique entre les sexes Tabet, 1979, 10. Il va sans dire que ces usages se dĂ©clinent de maniĂšre trĂšs variable et que les systĂšmes de distribution, tout en Ă©tant Ă©minemment sexuĂ©s, prĂ©voient des exceptions. Il existe bel et bien des femmes Ă  cƓur d’homme HĂ©ritier, 1996, qui jettent le trouble et dĂ©placent les normes, jusqu’à Ă©roder les fondements mĂȘmes du principe de monopole masculin des armes Pruvost, 2008. 10Du point de vue chronologique, l’étude scientifique de l’appropriation par les femmes du pouvoir de violence s’est faite aprĂšs la mise en Ă©vidence des violences faites aux femmes, et ce, pour des raisons stratĂ©giques. Les Ă©tudes sur les genres, liĂ©es au mouvement de libĂ©ration des femmes, ont obĂ©i Ă  la logique de l’urgence politique de changement des lois et des pratiques il Ă©tait impĂ©ratif de rendre visible l’oppression, structurelle, matĂ©rielle et physique, imprimĂ©e sur le corps mĂȘme des femmes. Le recensement des actes concrets dont sont victimes les femmes constitue un enjeu majeur de reconnaissance du phĂ©nomĂšne comme fait social Jaspard et alii, 2003 car en la matiĂšre, il peut y avoir trois pas en avant et deux pas en arriĂšre Chetcuti et alii, 2007. Il Ă©tait crucial que les violences faites aux femmes deviennent un problĂšme public Gusfield, 2009. Elles sont dĂ©sormais entrĂ©es dans l’agenda politique et lĂ©gislatif. La table des matiĂšres du dernier code pĂ©nal en tĂ©moigne une entrĂ©e Ă  part entiĂšre est rĂ©servĂ©e aux violences faites aux femmes cf. le DĂ©cret n°2010-671 du 18 juin 2010 - art. 2. Le phĂ©nomĂšne est dĂ©sormais sexuĂ© les femmes sont dĂ©signĂ©es en tant que telles comme victimes de la violence dans le code de procĂ©dure pĂ©nale, civil et pĂ©nal. 3 Il faut noter qu’une troisiĂšme victime » de violence est nommĂ©ment citĂ©e, il s’agit des agents d ... 11Ainsi, alors mĂȘme que les codes français restent flous, comme on l’a vu, quant Ă  la caractĂ©risation des violences et des auteurs de ces mĂȘmes violences, les contours des victimes potentielles de ces violences sont en revanche plus prĂ©cis. Le relevĂ© systĂ©matique des usages du terme de violence » dans les codes rĂ©vĂšle que les femmes et les mineurs constituent les deux catĂ©gories de victimes principales associĂ©es au terme de violence »3. Cette inscription dans le droit traduit plus largement l’association paradigmatique entre la catĂ©gorie femme » et la catĂ©gorie de victime », mais aussi entre femme » et non-violence ». 4 Butler, 2005. 12Dans un tel cadre, la mise en Ă©vidence de l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© du groupe des femmes et notamment de la participation des femmes Ă  la violence est pĂ©rilleuse sur le plan politique et peut conduire, pour des questions de rationalitĂ© politique, Ă  une forme d’essentialisation4 Butler, 2005. De fait, rares sont les fĂ©ministes comme la philosophe Marie-Jo Dhavernas Ă  mettre en lumiĂšre, Ă  l’époque du Mouvement de LibĂ©ration des Femmes, la participation implicite des fĂ©ministes au mythe de la non-violence fĂ©minine. Il me semble, que l’évitement du problĂšme provient en grande partie d’un implicite du Mouvement [de LibĂ©ration des Femmes], toutes tendances confondues, qui, au nom de la critique de la violence, cautionne le mythe de la non-violence des femmes que celle-ci vienne de la biologie, de l’inconscient ou de la culture, peu importe en l’occurrence. On a entendu dire, hors du Mouvement mais parfois aussi dans le Mouvement, que le "sexe qui donne la vie ne peut pas vouloir donner la mort", ce qui est faire bon marchĂ© de l’ambivalence de l’amour notamment maternel ou parental et oublier que donner la vie, c’est aussi, par dĂ©finition, donner la mort puisque s’il y a mort absolue, il n’y a pas de vie qui ne contienne de la mort. [
] Par ailleurs, le fait mĂȘme que les femmes puissent avoir quelque chose Ă  voir avec la violence, dans un autre espace que celle de victime, apparaĂźt souvent comme presque sacrilĂšge [
], il contrevient Ă  l’image de la femme douce et pire, de la Bonne MĂšre et dĂ©range l’ordre dichotomique de la sociĂ©tĂ© Dhavernas, 1981. 5 Cf. supra notre Ă©tat des lieux bibliographique. 13Mais le point de vue de Marie-Jo Dhavernas est restĂ© isolĂ© au sein du MLF comme de la scĂšne acadĂ©mique. Les Ă©tudes sur les genres ont suivi l’agenda militant en s’intĂ©ressant d’abord aux violences faites aux femmes et Ă  la domination masculine avant de trouver un intĂ©rĂȘt scientifique Ă  la violence des femmes. L’ouvrage dirigĂ© par A. Farge et C. Dauphin, s’il est prĂ©cĂ©dĂ© de recherches historiques monographiques5 est le premier Ă  oser rĂ©unir des travaux portant Ă  la fois sur les violences faites aux femmes et les violences exercĂ©es par les femmes. Le titre de l’ouvrage De la violence et des femmes, 1997 est Ă  la mesure de cette double ambition. Ce projet ne s’est cependant pas fait sans mal. Voici comment l’anthropologue Marie-Élisabeth Handman retrace le projet de recherche collectif qui est Ă  l’origine du livre Je me souviens avoir mis un an et demi Ă  dĂ©cider les historiennes fĂ©ministes, tenant sĂ©minaire Ă  l’EHESS dont certaines avaient participĂ© Ă  l’ouvrage dirigĂ© par G. Duby et M. Perrot, Histoire des femmes [
], Ă  travailler sur la violence des femmes. Elles craignaient que celle-ci ne soient, une fois de plus, stigmatisĂ©es ; or, il me paraĂźt nĂ©cessaire de dire que les femmes ne sont pas moins violentes que les hommes ; simplement les causes de leurs violences et les formes qu’elles empruntent sont le plus souvent diffĂ©rentes de celles des hommes et s’inscrivent dans les marges que leur laissent les hommes pour les exercer Handman, 2003, 73. 14De fait, l’ouvrage Ă  sa sortie, n’a pas Ă©tĂ© plĂ©biscitĂ© par la communautĂ© des historien-ne-s et plus largement des sciences humaines. 6 CĂ©cile Prieur La justice est plus clĂ©mente envers les femmes qu’envers les hommes », Le Monde, 2 ... 15Sur une tout autre scĂšne, celle des mĂ©dias nationaux, il est intĂ©ressant de noter la rĂ©ception faite Ă  l’étude sociodĂ©mographique de France-Line Mary sur les femmes et la justice pĂ©nale 1996a et b. Dans les mois qui ont suivi la parution de ses rĂ©sultats, plusieurs articles de journaux en avaient conclu Ă  une justice pĂ©nale plus clĂ©mente Ă  l’égard des femmes » et dĂ©nonçaient ce phĂ©nomĂšne6. L’auteure raconte qu’aprĂšs la mĂ©diatisation parfois erronĂ©e ou en tout cas caricaturĂ©e de son travail, certaines chercheuses lui ont reprochĂ© d’entacher la cause des femmes. 16Le fĂ©minisme d’Etat, Ă  la fois issu et critiquĂ© par le Mouvement de LibĂ©ration des Femmes, semble Ă  premiĂšre vue occuper une position de surplomb par rapport aux dĂ©bats fĂ©ministes sur la non-violence des femmes. Les diverses secrĂ©taires et ministres Ă  la condition fĂ©minine, aux droits de la » puis des » femmes tranchent en posant l’égalitĂ© professionnelle des hommes et des femmes comme un droit valant thĂ©oriquement pour tous les corps de mĂ©tier LĂ©vy, 1988 ; Bride Stetson, Mazur, 1995 les mĂ©tiers d’arme n’échappent pas Ă  la rĂšgle de la fĂ©minisation des mĂ©tiers d’hommes, d’autant qu’une partie d’entre eux relĂšve de la fonction publique. Le fĂ©minisme d’État se trouve ainsi Ă  mener de front deux chantiers tout au long des annĂ©es 1970 et des annĂ©es 1980 la fĂ©minisation de l’armĂ©e, de la police, de l’administration pĂ©nitentiaire et des douanes d’une part, la lutte contre les violences faites aux femmes, d’autre part. AprĂšs avoir obtenu la fĂ©minisation de l’ensemble des grades, la levĂ©e des quotas discriminants pour les femmes dans les mĂ©tiers qui avaient nĂ©gociĂ© un rĂ©gime d’exception, les fĂ©ministes d’État se sont dĂ©sintĂ©ressĂ©es des inĂ©galitĂ©s persistantes Pruvost, 2008. La lenteur du processus de fĂ©minisation dans ces mĂ©tiers d’armes est cependant emblĂ©matique de la difficultĂ© Ă  lever ces monopoles masculins. La permanence de coutumes bloquant ou restreignant l’accĂšs des femmes aux brigades les plus outillĂ©es en armes sophistiquĂ©es et les plus exposĂ©es Ă  la violence traduisent en outre la persistance des stĂ©rĂ©otypes de sexe et la transgression que constitue l’officialisation de la prĂ©sence des femmes dans ces secteurs. Il est implicite que les femmes recrutĂ©es dans les mĂ©tiers d’ordre doivent rester minoritaires Pruvost, 2007. L’égalitĂ© recherchĂ©e par le fĂ©minisme d’État est plus formelle que rĂ©elle. 17Ainsi peut-on dire que la participation des femmes Ă  la violence constitue un objet embarrassant pour le mouvement fĂ©ministe, Ă  la fois sur le plan militant et scientifique. Il faut dire que la reconnaissance du phĂ©nomĂšne est Ă  haut risque dĂ©clarer les femmes du cĂŽtĂ© de la non-violence, c’est redoubler l’interdit qui leur est fait de revendiquer la violence comme ressource propre, c’est accentuer leur marginalitĂ© politique au dĂ©triment d’autres groupes dominants les colonisĂ©s, par exemple pour lesquels la ressource de la violence est lĂ©gitimĂ©e, c’est aussi jouer le jeu de l’essentialisme qui place les femmes du cĂŽtĂ© d’un pacifisme intemporel et intangible. Mais dans le mĂȘme temps, reconnaĂźtre l’usage de la violence par les femmes comme possible et souhaitable, c’est postuler que l’accĂšs Ă  la violence est un progrĂšs social, c’est valider l’idĂ©e d’un alignement des femmes sur les stĂ©rĂ©otypes masculins, et non l’inverse, c’est poser comme horizon l’indissolubilitĂ© de la citoyennetĂ© et de la violence, et par lĂ  renoncer Ă  l’utopie de la non-violence. Autant dire que le malaise, suscitĂ© par ce double-bind, est loin d’ĂȘtre dissipĂ©. 3. Le sous-enregistrement des actes de la violence des femmes 7 En 2004, selon l’observatoire national de la dĂ©linquance, on compte, parmi les personnes mises en ... 8 Parmi les personnes condamnĂ©es en 2008, on comptait 60 216 femmes contre 577 449 hommes, soit un t ... 9 Selon les statistiques fournis par le ministĂšre de la Justice, au 1er septembre 2010, on comptait ... 18Faire du fĂ©minisme militant et acadĂ©mique le principal obstacle Ă  l’émergence de la violence des femmes comme objet d’étude serait toutefois partial et erronĂ©. Si les femmes violentes ont longtemps Ă©tĂ© Ă©cartĂ©es du champ des recherches, c’est en premier lieu en raison des difficultĂ©s du monde scientifique, en France notamment, Ă  accorder une lĂ©gitimitĂ© aux Ă©tudes de genre en tant que telle. Dans ce processus d’occultation, il faut prendre en compte la raretĂ© numĂ©rique des violences fĂ©minines. RaretĂ© qu’il convient d’interroger en mettant en Ă©vidence l’effet d’aveuglement que produit l’évidence statistique Ă  toutes les Ă©tapes du processus pĂ©nal, les femmes, quel que soit leur Ăąge, constituent une trĂšs nette minoritĂ©, validant ainsi les stĂ©rĂ©otypes de sexe autour de la violence comme propriĂ©tĂ© masculine. Les femmes reprĂ©sentent aujourd’hui en France 16% des individus mis en cause par la police7 et la gendarmerie, 9% des individus traduits en justice8 et 3,4% des personnes incarcĂ©rĂ©es9. Cette nette dissymĂ©trie entre les sexes, alors mĂȘme qu’elle reflĂšte la dimension sexuĂ©e du contrĂŽle et de la rĂ©gulation sociale a rarement Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e en France et la violence des femmes son traitement comme son actualisation a Ă©tĂ© occultĂ©e – lĂ  oĂč d’autres travaux ont pu interroger la perception et les modes de sanction de la violence des hommes Mucchielli, 2007. Cela tient Ă©galement Ă  une acception restrictive de la notion de contrĂŽle social, rĂ©duite Ă  la rĂ©action pĂ©nale Cardi, 2008, 2007a et b ; Laberge, 1992. En interrogeant essentiellement l’expĂ©rience masculine de la dĂ©viance, les Ă©tudes sur la rĂ©action sociale » se sont le plus souvent centrĂ©es sur les sphĂšres carcĂ©rales et pĂ©nales. Et inversement en considĂ©rant exclusivement ces espaces, les chercheurs ont contribuĂ© Ă  Ă©carter la question de la dĂ©viance des femmes. 19Travailler sur la violence des femmes implique alors de se doter d’outils mĂ©thodologiques pour apprĂ©hender le phĂ©nomĂšne. Une analyse critique des sources et des instances d’étiquetage de la violence et de la non-violence s’impose. Il s’agit tout d’abord de rappeler le sous-enregistrement de ces violences par les instances du contrĂŽle social, habilitĂ©es Ă  comptabiliser ce type d’acte police, justice, travail social, prison et de montrer ensuite que l’invisibilisation est entretenue par une prise en charge des femmes diffĂ©renciĂ©e de celle des hommes, sous d’autres appellations, entretenant dĂšs lors une dissymĂ©trie entre les sexes Cardi, 2008. 20Ce travail en cours de recensement alternatif des violences fĂ©minines ne conduit cependant pas Ă  Ă©tablir une paritĂ© numĂ©rique. La dissymĂ©trie demeure. Comment la qualifier ? Faut-il dĂšs lors poser la violence des femmes en termes d’égalitĂ©/inĂ©galitĂ©, de retard/rattrapage, de phĂ©nomĂšne mineur/majeur ? Un tel vocabulaire suppose un horizon social dans lequel la violence serait sexuellement indiffĂ©renciĂ©e. Spectre redoutĂ© qui s’est traduit de facto par la mise Ă  l’écart de cet objet sale », par crainte d’un mĂ©susage politique des recherches scientifiques pointant la fĂ©minisation des groupes revendiquant l’usage de la violence. 21Penser la violence des femmes oblige en tout cas Ă  ne pas uniquement s’intĂ©resser Ă  la seule participation des femmes Ă  des formes de violences rĂ©pertoriĂ©es, mais Ă  mettre aussi l’accent sur des formes plus discrĂštes, plus microscopiques de violence Handman, 1995 – obligeant ici Ă  mettre en Ă©vidence la variĂ©tĂ© des formes de la violence empruntĂ©e par les femmes. En ce sens, le gap » matĂ©riel et cognitif entre les hommes et les femmes en matiĂšre d’usage des armes Tabet, 1979, n’implique pas que ces derniĂšres ne font pas usage des objets qu’elles ont Ă  leur disposition. À trop mettre l’accent sur la diffĂ©rence d’accĂšs aux outils et aux armes les plus Ă©laborĂ©s, on peut en oublier que la violence peut emprunter d’autres voies. 22Ainsi, pour comprendre la violence des femmes, comme pour comprendre le contrĂŽle social qui leur est rĂ©servĂ©, il est important de ne pas se cantonner aux lieux les plus visibles de circulation de la violence, comme les guerres, les monopoles de la violence lĂ©gitime ou les institutions pĂ©nales qui sanctionnent les formes les plus visibles de la violence Cardi, 2008. Affirmer que les femmes sont moins violentes parce que moins prĂ©sentes en prison ne suffit pas. Il convient de renverser la question et de se demander si les femmes violentes ne sont pas en prison, oĂč sont-elles ? Il faut alors aller regarder du cĂŽtĂ© de la protection sociale, dans la mesure oĂč la violence des femmes peut se loger au cƓur mĂȘme des institutions du care. Cela conduit Ă  revisiter ces lieux de protection sociale qui semblent garantir des formes douces de socialisation et Ă  mettre en Ă©vidence la violence qui peut dĂ©couler de certaines formes de protection sociale Cardi, 2008. Il s’agit ainsi de rĂ©interroger les frontiĂšres du public et du privĂ© qui fondent bien souvent les typologies de la violence la violence qui a lieu en privĂ©, doit-elle pour autant ĂȘtre dĂ©politisĂ©e ? 23Si travailler sur la violence des femmes, c’est avant tout exhumer de nouvelles sources, procĂ©der Ă  une relecture des archives, changer de perspective pour rendre visible l’invisible, c’est aussi travailler sur l’envers de ce processus d’occultation. II - Les mises en rĂ©cit typiques entre rĂ©duction et extension du domaine de la lutte 24L’un des moyens de prĂ©server la distinction entre les sexes, puisque tel est l’un des ressorts de l’invisibilisation des femmes violentes par les institutions du contrĂŽle social, peut ĂȘtre Ă  l’inverse de rĂ©duire la focale Ă  quelques cas spectaculaires, en associant la violence fĂ©minine Ă  des figures, significativement dotĂ©es d’un prĂ©nom, d’un nom propre qui les particularisent, et Ă  un rĂ©pertoire d’action typiquement fĂ©minin sans dĂ©cliner la variĂ©tĂ© des classifications qui traversent les Ă©poques et des mondes sociaux, on se contentera de citer l’infanticide, le crime passionnel, l’empoisonnement, l’avortement. Ces crimes seraient le domaine rĂ©servĂ© des femmes. Parce qu’ils sont liĂ©s Ă  la scĂšne domestique et conjugale, ils ne contreviennent pas aux stĂ©rĂ©otypes de sexe. 25Du cĂŽtĂ© des violences politiques, les femmes seraient plutĂŽt une force d’appoint plus ou moins spontanĂ©e, des Ă©meutiĂšres de la faim s’élevant contre la vie chĂšre ou des mĂšres et Ă©pouses endeuillĂ©es qui manifestent contre la tyrannie d’un pouvoir qui enferme et tue leurs » hommes. Ces figures correspondent Ă©galement Ă  la division sexuelle du travail qui confĂšre aux femmes la fonction de nourriciĂšres et de protectrices, et en ce sens, elles ne perturbent pas non plus l’ordre des sexes. Autre forme de catĂ©gorisation qui permet d’éviter toute confusion entre les rĂŽles de sexe aux garçons, les atteintes Ă  l’ordre public, les rixes et aux filles, la violence retournĂ©e contre soi, avec les tentatives de suicide, l’anorexie, l’hystĂ©rie. Ces classifications tĂ©moignent de l’état des rapports sociaux de sexe, de ce qui est tolĂ©rable en matiĂšre de violences fĂ©minines Ă  une Ă©poque donnĂ©e. Prise isolĂ©ment, chaque interprĂ©tation opĂšre une rĂ©duction de l’apprĂ©hension de la diversitĂ© des femmes et des causes de la violence fĂ©minine. 26Notre projet ici est de proposer un recensement des mises en rĂ©cit typiques qui traversent le monde social discours scientifique inclus et qui permettent de donner un sens Ă  l’irruption de la violence fĂ©minine. On en a dĂ©nombrĂ© huit, Ă  commencer par le cas spĂ©cifique du non-rĂ©cit, que Goffman appellerait le hors-cadre » Goffman, 1974 et qui peut conduire certains Ă©vĂ©nements impensables comme la violence des femmes Ă  ne pas ĂȘtre reconnus comme Ă©vĂ©nement au moment de leur survenue. Minoration, sous-enregistrement, occultation, dĂ©ni constituent le premier rĂ©cit en creux de la violence des femmes. Les sept autres rĂ©cits que nous avons relevĂ©s reconnaissent la violence des femmes. 27Le deuxiĂšme rĂ©cit que nous avons relevĂ©reconnaĂźt Ă  l’inverse la violence des femmes et propose une interprĂ©tation biologique du phĂ©nomĂšne, liĂ©e Ă  la nature » fĂ©minine. InvoquĂ©e Ă  charge ou Ă  dĂ©charge, la violence des femmes est soit expliquĂ©e par la nature excessive et impulsive propre aux femmes ou Ă  certaines femmes diabolisĂ©es, soit par l’argument inverse de la dĂ©naturation les femmes par nature douce seraient corrompues par la violence qui serait ici le symptĂŽme d’un manque ou d’un trop de fĂ©minitĂ©, en somme d’une nature dĂ©rĂ©glĂ©e. C’est ainsi que les criminologues, en particulier au XIXe siĂšcle, ont fait de la criminalitĂ© des femmes un mal de mĂšre », stipulant non seulement une diffĂ©rence de nature entre hommes et femmes, mais aussi entre les femmes, les criminelles et les normales ». Pour Cesare Lombroso 1896 par exemple, si les femmes sont, par nature, plus cruelles et immorales que les hommes, leur folie morale » serait partiellement anĂ©antie par la pudeur et l’instinct maternel qui leur seraient propres – ce qui se manifesterait par leur moindre participation Ă  la criminalitĂ© et leur plus grande religiositĂ©. Si malgrĂ© tant d’obstacles, une femme commet des crimes, c’est une preuve que sa perversitĂ© est Ă©norme puisqu’elle est parvenue Ă  renverser tous les empĂȘchements Lombroso, 1896, 361. La plupart des femmes criminelles le seraient ainsi par occasion » ou par passion ». Chez ces derniĂšres, la pudeur et l’instinct maternel demeurent elles passent Ă  l’acte du fait d’une situation de misĂšre ou sous l’influence d’un homme. On y trouve toutefois, selon les deux criminologues italiens, les signes d’une certaine virilitĂ©. Pour exemple, les criminelles par occasion prĂ©sentent un goĂ»t pour les armes, un caractĂšre fier, Ă©nergique et rĂ©solu, elles peuvent avoir des passions politiques et une grande tendance et presque du plaisir Ă  s’habiller en homme Lombroso, 1896, 406. Les criminelles-nĂ©es » ou les prostituĂ©es-nĂ©es », sont, quant Ă  elles, des femmes dĂ©naturĂ©es elles prĂ©sentent Ă  la fois les signes d’une fĂ©minitĂ© hypertrophiĂ©e par exemple, cruautĂ© raffinĂ©e par vengeance, extra-sensibilitĂ© chez la prostituĂ©e-nĂ©e et certains attributs de la virilitĂ©, quand ils sont associĂ©s aux peuples primitifs » Ă  propos des criminelles nĂ©es » et de leur sexualitĂ© exagĂ©rĂ©e », on peut lire Cet Ă©rotisme exagĂ©rĂ©, anormal pour la femme ordinaire devient pour beaucoup le point de dĂ©part de leur vices et de leurs crimes ; et contribue Ă  en faire des ĂȘtres insociables, ne cherchant qu’à satisfaire leurs violents dĂ©sirs, comme ces luxurieux barbares chez qui la civilisation et le besoin n’ont pas encore disciplinĂ© la sexualitĂ© Lombroso, 1896, 361. Ce type d’explication biologisante a largement Ă©tĂ© mis en cause par les criminologues eux-mĂȘmes. Toutefois, des Ă©tudes encore relativement rĂ©centes, en particulier sur la dĂ©linquance et la violence des filles, Ă©tablissent des corrĂ©lations entre prĂ©cocitĂ© des menstruations et propension Ă  commettre des illĂ©galismes. 28Un troisiĂšme type de rĂ©cit consiste Ă  psychologiser la violence des femmes et dans le mĂȘme temps Ă  l’individualiser et Ă  la privatiser. Dans ce cas, soit on renvoie la violence Ă  une psychologie fĂ©minine spĂ©cifique, soit on l’inscrit dans une histoire purement familiale qui lui donnerait sens – la violence est alors le symptĂŽme d’un mal-ĂȘtre profondĂ©ment individuel. Dans ce cas, il est moins question de violence que de marginalitĂ© » ou de symptĂŽme psychique » – la violence dĂ©signant avant tout un rapport Ă  soi avant d’ĂȘtre perçue comme un rapport aux autres et si les femmes sont perçues comme dangereuses, c’est avant tout pour elles-mĂȘmes Cardi, 2008. Ce type d’interprĂ©tation conduit Ă  l’invisibilisation de la violence des femmes dont on parlait prĂ©cĂ©demment. En prison par exemple, les suicides et automutilations des dĂ©tenues ne sont jamais considĂ©rĂ©s comme des modes de rĂ©sistance Ă  l’ordre carcĂ©ral. Devant la justice des mineurs, les actes violents de filles criminalisĂ©es sont interprĂ©tĂ©s Ă  travers les catĂ©gories de la psychologie et contribuent Ă  faire disparaĂźtre les filles des statistiques judicaires pĂ©nales. 29L’interprĂ©tation culturaliste offre un quatriĂšme rĂ©cit de la violence des femmes, perçue alors comme l’idiosyncrasie d’un groupe avec ses rituels et sa culture propres. Cette interprĂ©tation repose souvent sur un regard ethnocentrique, visant Ă  dĂ©grader un autre groupe social, jugĂ© infĂ©rieur, en qualifiant comme violent un phĂ©nomĂšne exogĂšne qui n’est pas toujours qualifiĂ© de la sorte par les groupes Ă©tudiĂ©s. On peut intĂ©grer dans ce type d’interprĂ©tation le sort fait au XIXe siĂšcle Ă  la femme populaire rebelle » et Ă  l’homme ouvrier, qui ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s comme moins civilisĂ©s, moins Ă©duquĂ©s et donc dangereux en tant que classe aux yeux des classes supĂ©rieures Perrot, 1979 ; Scott, 1990. De la mĂȘme maniĂšre, les femmes noires esclaves sont caricaturĂ©es en femmes viriles et brutales, en mĂšres monstrueuses, en vue d’asseoir par voie de comparaison la suprĂ©matie des femmes blanches, mĂšres d’une race supĂ©rieure Dorlin, 2006. 30Un cinquiĂšme type de mise en rĂ©cit consiste Ă  penser la violence des femmes Ă  l’intĂ©rieur du cadre de la domination masculine. Il s’agit d’une violence subordonnĂ©e Ă  la violence des hommes qui restent considĂ©rĂ©s comme les vĂ©ritables bras armĂ©s de la violence ou les plus dangereux, tandis que les femmes seraient plus inoffensives ou useraient des armes du faible. Dans ce cadre d’analyse, tantĂŽt les femmes perdent leur statut de sujet violent. Elles sont dĂ©responsabilisĂ©es, et passent mĂȘme du statut de bourreau mineur Ă  celui de victime. TantĂŽt au contraire, elles prennent la figure de la manipulatrice Ă  l’origine des violences infligĂ©es. Il s’agit alors d’une violence dĂ©lĂ©guĂ©e, et non autonome. Dans tous les cas, les femmes n’accĂšdent pas au statut de sujet Ă  part entiĂšre, susceptible de revendiquer la pleine possession et maĂźtrise des fins et des moyens de leurs actes. 31Le sixiĂšme type de rĂ©cit dĂ©coule du prĂ©cĂ©dent la violence des femmes est reconnue comme un acte politique, mais comme une exception qui confirme la rĂšgle, soit parce que le cas est isolĂ©, soit parce qu’il s’agit d’un groupe trĂšs minoritaire, soit parce que cet accĂšs Ă  la violence est provisoire, le temps d’une crise. La prĂ©sence des femmes dans les violences est alors soit hĂ©roĂŻsĂ©e dans le but de cĂ©lĂ©brer des figures exemplaires qui s’élĂšvent au-dessus de leur sexe, soit Ă©rigĂ©e en indice d’une dissolution de l’ordre social, comme on a pu le dire au moment de la RĂ©volution française Godineau, 1996 ou encore aujourd’hui sur la dĂ©linquance des filles, lorsque l’on met en scĂšne leur cruautĂ© pour appuyer un discours sĂ©curitaire de retour Ă  l’ordre social. Le retour Ă  l’ordre passe alors par un retour Ă  l’ordre des sexes. Ainsi sont communĂ©ment traitĂ©es les femmes en armes, comme des parenthĂšses, des enclaves dans des territoires masculins, avec dans la plupart des cas, la re-crĂ©ation d’une division sexuelle du travail violent. Cette conception que l’on pourrait qualifier de carnavalesqueBakhtine, 1965 tend finalement Ă  faire de ces transgressions des non-Ă©vĂ©nements, puisqu’elles n’entraĂźnent pas le reste des femmes dans ce sillon. Au nom de l’universalitĂ© de la domination masculine, toutes celles et tous ceux pour qui cette expĂ©rience va ouvrir une brĂšche sont alors mis de cĂŽtĂ©. 32SeptiĂšme rĂ©cit, l’accĂšs des femmes au pouvoir de la violence peut ĂȘtre identifiĂ© comme le signe tangible de l’émancipation des femmes et d’une indiffĂ©renciation possible. L’accĂšs de toutes les femmes et non seulement quelques exceptions Ă  la violence lĂ©gale et illĂ©gale peut ĂȘtre interprĂ©tĂ© a minima comme l’appropriation d’un pouvoir qui confĂšre une citoyennetĂ© Ă  part entiĂšre, du point de vue de la stricte Ă©galitĂ© des sexes Pruvost, 2008. Ce phĂ©nomĂšne peut a maxima consacrer, dans certains cas, l’avĂšnement de la dĂ©mocratie et de communes libres. L’accĂšs des femmes au pouvoir de violence ne conduit en tout cas pas nĂ©cessairement et mĂ©caniquement, en tant que tel, Ă  la plus grande dĂ©mocratisation du fonctionnement interne et des pratiques des groupes armĂ©s. Si les femmes alignent leurs pratiques sur celles du groupe viril qu’elles intĂšgrent, leur prĂ©sence permet seulement de contribuer au processus d’égalitĂ© des sexes, sans transformer vĂ©ritablement le rapport de force entre les groupes dotĂ©s du pouvoir des armes et ceux qui en sont dĂ©pourvus Pruvost, 2008. L’idĂ©e du caractĂšre caduc de la diffĂ©rence de sexe sur le plan du droit, des pratiques et parfois des corps constitue le principe qui sous-tend cette mise en rĂ©cit. 33HuitiĂšme mise en rĂ©cit possible la violence des femmes dessine un horizon peuplĂ© d’Amazones qui inversent la domination masculine pour faire accĂ©der les femmes Ă  une sociĂ©tĂ© matriarcale dans laquelle les femmes ont pris durablement le pouvoir sur les hommes. Fantasmatique, ce type d’organisation sociale n’a pas encore Ă©tĂ© recensĂ© Ă  ce point d’aboutissement dans les sociĂ©tĂ©s connues HĂ©ritier, 1996. Il s’agit surtout d’un discours. L’imagination d’un monde dans lequel les femmes auraient gagnĂ© la guerre des sexes donne lieu Ă  deux conclusions opposĂ©es, l’une crĂ©pusculaire sur la fin de la civilisation, l’autre enchantĂ©e, sur une sociĂ©tĂ© de femmes, libĂ©rĂ© de l’hĂ©tĂ©rosexisme. 34Il va sans dire que ces rĂ©cits typiques ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, que les auteurs citĂ©s pour chaque mise en rĂ©cit se trouvent tantĂŽt dans la position de dĂ©nonciation, tantĂŽt de description scientifique, tantĂŽt de participation intellectuelle Ă  ce mĂȘme rĂ©cit et qu’il ne s’agit pas ici de faire un recensement exhaustif des Ă©pigones de chaque posture, ni de quantifier la part de chacun de ces rĂ©cits, encore moins de les inscrire dans une chronologie. On retiendra de cette typologie, partielle et partiale, que discours profanes et discours savants peuvent ĂȘtre confondus, qu’ils sont prolifĂ©rants, et rĂ©ductibles Ă  deux tendances opposĂ©es les rĂ©cits tantĂŽt discrĂ©ditent, tantĂŽt valorisent la violence des femmes. ÉpiphĂ©nomĂšne, Ă©vĂ©nement subordonnĂ© ou symptĂŽme imparable, transgression majeure, l’occurrence de la violence fĂ©minine, quand elle est reconnue, oblige en tout cas Ă  prendre position. III - Le contrĂŽle social des femmes violentes 35Quel sens est donnĂ© par les institutions du contrĂŽle social Ă  la violence des femmes ? Quelles sont les sanctions qu’elles encourent ? En quoi ces femmes perturbent-elles les rapports sociaux de sexe ? Quels sont les problĂšmes mĂ©thodologiques que rencontrent les chercheur-e-s qui travaillent sur la violence des femmes ? Telles sont les interrogations auxquelles permettent de rĂ©pondre les contributions rĂ©unies dans ce dossier. 36Une partie des articles pointe tout d’abord la propension des institutions du contrĂŽle social Ă  nier la violence des femmes en tant que telle. C’est en particulier le cas pour l’inceste au XIXe siĂšcle comme le souligne Fabienne Giuliani, le phĂ©nomĂšne incestueux est, depuis cette Ă©poque, intrinsĂšquement associĂ© Ă  la gestuelle masculine. Et l’auteure d’historiciser cette masculinisation de la figure de l’incestueux, inscrite Ă  la fois dans le code pĂ©nal et les discours philanthropiques qui se focalisent sur le pĂšre ouvrier, alcoolique et violent, perçu comme l’acteur unique de l’inceste et de la dĂ©chĂ©ance morale de son foyer ». La figure de la mĂšre auteure d’agression sexuelle sur son enfant reste de l’ordre de l’impensable. Les arts de l’époque suivent ce mouvement en prĂ©fĂ©rant mettre en scĂšne les figures de la sƓur et de la fille incestueuse Ă  celle de la mĂšre. À une toute autre pĂ©riode et dans un tout autre espace social, on retrouve le mĂȘme processus Ă  l’Ɠuvre c’est le footballeur homme qui est censĂ© commettre les actes d’incivilitĂ© et d’agression physique recensĂ©s par l’Observatoire des comportements. Nicolas PĂ©nin, Fatia Terfous et Oumaya Hidri Neys notent ainsi dans leur article que les occurrences de violence fĂ©minine sont d’autant moins relevĂ©es qu’elles sont noyĂ©es dans le flot numĂ©rique des cas de violences masculines. Les entretiens avec les responsables des instances de sanction confirment cette interprĂ©tation ils considĂšrent la violence des femmes comme quantitĂ© nĂ©gligeable. Loin de dĂ©couler mĂ©caniquement des faits observĂ©s sur le terrain de jeu, cette minoration de la violence fĂ©minine relĂšve d’une stratĂ©gie de communication pour les clubs, il est important que les footballeuses se distinguent de leurs homologues masculins, physiquement en apparaissant comme des garçons manquĂ©s et en termes de comportement en Ă©tant plus civilisĂ©es ». La violence est enfin dĂ©jouĂ©e par les arbitres qui sifflent davantage par crainte des blessures, optent pour le dialogue, contribuant Ă  dĂ©samorcer une partie des violences qui auraient pu avoir lieu. On comprend alors en quoi non seulement la violence des femmes est occultĂ©e mais Ă©galement comment se mettent en place des mĂ©canismes sociaux qui cherchent Ă  la prĂ©venir. 37La sous-reprĂ©sentation n’est pas seulement le fait du sous-enregistrement, mais aussi d’une division sexuelle du travail violent qui maintient les stĂ©rĂ©otypes de sexes. Dans ce cas, la violence est reconnue, mais interprĂ©tĂ©e sous le prisme de la domination masculine. C’est ainsi qu’une partie des rares cas d’incestes fĂ©minins est au XIXe siĂšcle imputĂ©e au conjoint qui en serait l’instigateur et qui maintiendrait sa femme en Ă©tat de faiblesse matĂ©rielle et affective, permettant ainsi selon la formule de Fabienne Giuliani de prĂ©server la barriĂšre de l’instinct maternel. C’est aussi ce qu’Isabelle Lacroix montre Ă  partir du terrorisme basque qui, certes, connaĂźt une progression du nombre de femmes militantes, mais qui dans le mĂȘme temps, leur rĂ©serve, tout au moins publiquement, le travail du soin, du care des combattants et des prisonniers. Les mĂ©dias tendent aussi Ă  maintenir l’image de militantes continuant Ă  mener une vie normale de mĂšre de famille. 38Dans la justice des mineurs s’observe un autre type de rĂ©cit la psychologisation. VĂ©ronique Blanchard, Ă  travers son Ă©tude de dossiers judicaires pendant les Trente Glorieuses montre que certaines de ces jeunes filles ont des comportements jugĂ©s dangereux pour elles et pour les autres, avec de rĂ©elles atteintes aux personnes. Mais [
] ces phĂ©nomĂšnes de violence sont considĂ©rĂ©s comme relevant le plus souvent du soin et non du pĂ©nal. PsychologisĂ©e, la violence fĂ©minine est Ă©galement culturalisĂ©e, les filles d’origine Ă©trangĂšre faisant l’objet d’un phĂ©nomĂšne de virilisation. Dans son analyse sur l’observation mĂ©dico-pĂ©dagogique des jeunes dĂ©linquantes en Belgique 1912-1965, David Niget souligne quant Ă  lui que, jusqu’au dĂ©but du XXe siĂšcle, si la brutalitĂ© paraĂźt ĂȘtre constitutive d’une masculinitĂ© en construction, la violence des jeunes filles reste impensable, secrĂšte ou symptomatique de leur Ă©tat pathologique. Avec la nouvelle doctrine pĂ©nologique qui prĂ©vaut en Belgique au dĂ©but du siĂšcle dernier et le dĂ©veloppement, au sein de la justice des mineurs, des sciences du psychisme pour Ă©valuer l’éducabilitĂ© des jeunes dĂ©linquants, on assiste Ă  un nouveau type de catĂ©gorisation de la violence fĂ©minine. PensĂ©e du cĂŽtĂ© des troubles du comportement », elle est Ă  la fois mise en visibilitĂ© et niĂ©e comme forme d’expression en tant qu’elle est pathologisĂ©e. Qu’elle soit banalisĂ©e ou dramatisĂ©e, la mise en forme de la violence fĂ©minine par l’étiologie mĂ©dicale et psychologique, relĂšvent, dans les institutions d’observation, d’une nĂ©gation de tout caractĂšre collectif ou social de toute dimension politique de cette rĂ©sistance. Ici, le rĂ©cit psychologisant, voire psychiatrisant, tend Ă  dĂ©contextualiser, individualiser et dĂ©politiser la violence exercĂ©e par les filles. 39CĂ©dric Le Bodic prolonge cette analyse en proposant une lecture critique des travaux cliniques et criminologiques des vingt derniĂšres annĂ©es sur la violence sexuelle des femmes l’homme est posĂ© comme la mesure de toute chose, relĂ©guant d’une part les dĂ©viantes sexuelles au rang de population spĂ©cifique et ancrant d’autre part, les dĂ©viances dans des qualitĂ©s propres Ă  chaque sexe. Les auteurs de ces Ă©tudes cliniques en viennent Ă  considĂ©rer que les femmes ne peuvent pas ĂȘtre des criminelles sexuelles, Ă  moins de se transformer en homme sous l’effet d’un trouble de l’image de ce qu’est une femme. Ces discours essentialistes permettent de ne pas perturber les stĂ©rĂ©otypes de sexe. 40Soumise Ă  davantage d’obstacles organisationnels et symboliques, la violence fĂ©minine n’en est pas moins sanctionnĂ©e. Tel est l’autre point saillant qui Ă©merge des articles de ce numĂ©ro qui porte sur le contrĂŽle social de cette violence. PlutĂŽt que de se poser la question directe d’un traitement plus sĂ©vĂšre ou plus clĂ©ment par rapport aux hommes, impliquant une comparaison dĂ©licate supposant de mettre en relation pour les deux sexes des infractions Ă©quivalentes, accomplies par de acteurs de mĂȘme classe sociale dans des circonstances comparables, les auteurs de ce numĂ©ro ont explorĂ© le cheminement des femmes dans les institutions du contrĂŽle social les femmes violentes suivent-elles les mĂȘmes voies disciplinaires que leurs comparses masculins ? 41Fabienne Giuliani constate Ă  ce propos que les femmes incestueuses, ne pouvant ĂȘtre inculpĂ©es pour viol, le sont pour attentat Ă  la pudeur ou de complicitĂ© d’attentat Ă  la pudeur. VĂ©ronique Blanchard montre quant Ă  elle, comment le processus de psychologisation de la violence des mineures conduit Ă  une prise en charge au plan civil. A contrario, lorsque l’on pĂ©nĂštre dans la sphĂšre des dangers fĂ©minins » le vagabondage, la prostitution, les mƓurs, les filles peuvent faire l’objet de mesure de privation de libertĂ©, sans qu’aucune infraction n’ait Ă©tĂ© commise et reconnue Ce qui lĂ©gitime l’enfermement, c’est alors moins la norme pĂ©nale que les stĂ©rĂ©otypes de genre transgressĂ©s par ces jeunes filles et qui obligent les femmes Ă  faire preuve de pudeur. L’étude de David Niget conduit Ă  mettre en Ă©vidence l’importance de la prise en charge psychiatrique imposĂ©e aux jeunes dĂ©linquantes placĂ©es en institution Ă  Saint-Gervais institution publique d’observation situĂ©e prĂšs de Namur, nombreuses sont les filles jugĂ©es violentes ou rebelles » qui font l’objet de traitements psychotropes et/ou sont enfermĂ©es pour une pĂ©riode plus ou moins longue au pavillon d’isolement ». MĂ©dicalisĂ©, il constitue une vĂ©ritable section disciplinaire. L’invention de nouveaux psychotropes s’accompagne ainsi d’un retour Ă  l’ordre disciplinaire et Ă  une lecture trĂšs dĂ©terministe des troubles du comportement, associant la violence fĂ©minine Ă  une corporĂ©itĂ© pathologique. Il y a donc dĂ©placement des frontiĂšres du contrĂŽle social du pĂ©nal vers le civil, de l’éducation vers la psychiatrie. Se dessinent ainsi des espaces largement sexuĂ©s de prise en charge et de traitement de la violence, qui s’appuient et empruntent Ă  des savoirs genrĂ©s. 42Les sanctions diffĂ©rentielles peuvent permettre de rĂ©instaurer l’ordre des sexes forts et faibles. Isabelle Lacroix montre ainsi que dans le cas du terrorisme basque, les militantes d’ETA tĂ©moignent en plus grand nombre sur les tortures sexuelles subies pendant leurs gardes Ă  vue, rĂ©vĂ©lant la rĂ©assignation de ces femmes qui ont transgressĂ© les normes de genre au rang d’objets de la domination sexuelle masculine. La sanction ne passe du reste pas seulement par les institutions du contrĂŽle social, mais aussi par le traitement mĂ©diatique qui Ă©tablit des portraits de ces femmes terroristes, comme plus froides, plus sanguinaires que les hommes. Dans le cas du football fĂ©minin, Nicolas PĂ©nin, Fatia Terfous et Oumaya Hidri Neys montrent que la sanction des footballeuses violentes passe moins par les instances disciplinaires que par la rumeur et par l’exclusion informelle ou formelle des joueuses incontrĂŽlables, qui n’arrivent pas Ă  passer d’un club Ă  un autre. 43Qu’elle soit euphĂ©misĂ©e ou rĂ©duite Ă  des cas exceptionnels, la violence des femmes a nĂ©anmoins bien lieu. C’est en ce sens que les articles de ce recueil abordent la question des bouleversements que provoque l’irruption de la violence fĂ©minine sur les rapports sociaux de sexe. Les femmes violentes sont en effet doublement dĂ©viantes dĂ©viantes par rapport Ă  la loi ou aux rĂšglements qui proscrivent l’usage de la violence, dĂ©viantes par rapport aux frontiĂšres de genre qu’elles transgressent en usant d’un attribut masculin la violence. Il n’est pas anodin que les Ă©crivains - consacrĂ©s et moins lĂ©gitimes, se soient emparĂ©s de l’inceste fĂ©minin au XIXe siĂšcle. Comme le montre Fabienne Giuliani, il s’agit, certes, de retranscrire le crĂ©puscule humain et la dĂ©cadence de la sociĂ©tĂ© française, mais dans le mĂȘme temps, de donner Ă  voir l’érotisme et la voluptĂ© de femmes initiatrices du dĂ©sir et non seulement passives. Pour David Niget et VĂ©ronique Blanchard, la dĂ©linquance juvĂ©nile de ces jeunes filles de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme l’expression politique d’une libertĂ© Ă©gale Ă  celle des garçons – expression inaudible par les institutions qui les enferment, mais lisible entre les lignes des archives. Isabelle Lacroix montre de la mĂȘme maniĂšre que l’accĂšs des femmes au rang de membre armĂ© de l’ETA dĂ©place les frontiĂšres traditionnelles d’une culture basque qui inscrit les femmes du cĂŽtĂ© des mĂšres de » et des femmes de » et d’une hagiographie militante qui met Ă  l’honneur les hĂ©ros masculins la maternitĂ© ne semble plus comme par le passĂ© constituer un barrage inconditionnel Ă  l’activitĂ© militante. Que l’accroissement de la fĂ©minisation des rangs guerriers de l’ETA tienne Ă  la difficultĂ© Ă  trouver de nouvelles recrues ou Ă  la volontĂ© stratĂ©gique d’adoucir l’image du groupe terroriste, il ne coĂŻncide cependant pas Ă  la fin de la lutte armĂ©e. En d’autres termes, l’arrivĂ©e des femmes n’implique en aucun cas un virage pacifiste du mouvement, mais bien plutĂŽt un alignement des femmes sur les normes guerriĂšres, marquant quoi qu’il en soit la prĂ©dominance du genre viril. Plus encore, la violence des femmes instaure un trouble dans la rĂ©itĂ©ration claire et continue de la diffĂ©rence des sexes. CĂ©dric Le Bodic l’explique Ă  partir de la violence sexuelle exercĂ©e par les femmes, qui surgit comme un ratĂ© » dans la rĂ©pĂ©tition des normes de genre comme celle du fĂ©minin pacifique et du masculin guerrier, ouvrant une brĂšche qui questionne le principe mĂȘme de la binaritĂ© des sexes. CĂ©dric Le Bodic invite Ă  considĂ©rer les comportements humains sur le mode de la gamme », plutĂŽt que sur celui des frontiĂšres incommensurables entre les sexes. 44Les contributions de ce volume conduisent enfin Ă  poser des questions d’ordre mĂ©thodologique comment rendre compte d’un phĂ©nomĂšne marginal ? OccultĂ©es, renvoyĂ©es du cĂŽtĂ© de l’impensable ou de la pathologie, les violences exercĂ©es par les femmes ne figurent pas toujours dans les archives criminelles, ce qui oblige Ă  dĂ©placer la focale de l’analyse. Ainsi, VĂ©ronique Blanchard a dĂ» exhumer les archives civiles de la justice des mineurs, lĂ  oĂč, pour repĂ©rer des cas d’inceste fĂ©minin, Fabienne Giuliani a dĂ» approcher les dossiers de maltraitance » Parler des femmes et de l’inceste oblige l’historien Ă  multiplier les hypothĂšses de recherche en raison de la raretĂ© des cas qui s’offrent Ă  son regard. Les archives beaucoup trop lacunaires laissent pourtant supposer l’existence d’un phĂ©nomĂšne bien prĂ©sent tout au long du siĂšcle. 45L’étude d’un mouvement terroriste encore en activitĂ© et recherchĂ© par la police confronte les chercheurs Ă  d’autres problĂšmes d’accĂšs au terrain. Isabelle Lacroix le souligne Ă  plusieurs reprises comment apprĂ©hender clairement l’actuelle division sexuelle du travail, notamment dans les commandos, quand il est impossible de procĂ©der Ă  une observation directe ? Les taux d’arrestation et d’emprisonnement fĂ©minin rendent-ils compte de leur part sur le terrain terroriste ou plutĂŽt du processus de sĂ©lection des institutions policiĂšres et judiciaires ? Isabelle Lacroix Ă©voque Ă©galement tous les biais qu’impliquent de passer par des informateurs hommes qui tendent Ă  rendre invisibles leurs comparses. 46L’observation de pratiques tout Ă  fait lĂ©gales, comme les activitĂ©s sportives ne permettent pas nĂ©cessairement davantage d’observation directe la raretĂ© des agressions physiques rĂ©alisĂ©es par des femmes sur le terrain de football obligerait Ă  mettre en place un dispositif d’observation continue et sur plusieurs annĂ©es pour voir se dessiner des rĂ©gularitĂ©s. D’oĂč l’intĂ©rĂȘt, pour Nicolas PĂ©nin, Fatia Terfous et Oumaya Hidri Neys, de s’appuyer sur les donnĂ©es de l’Observatoire des comportements sur les violences et incivilitĂ©s dans le football, ainsi que sur les feuilles de match », renseignĂ©es par l’arbitre et les procĂšs-verbaux des commissions de discipline. Le croisement de ces sources avec les tĂ©moignages des responsables de ces institutions et des encadrants du football fĂ©minin permet de rendre compte de la maniĂšre dont s’organise la marginalitĂ© d’un phĂ©nomĂšne dont la raretĂ© n’a rien de naturel ». 47CĂ©dric Le Bodic propose pour sa part d’en finir avec le principe de la comparaison de la criminalitĂ© fĂ©minine et de la criminalitĂ© masculine, qui institue la diffĂ©rence des sexes comme indĂ©passable et incontournable au point de l’ontologiser. Reprenant Ă  son compte la formule de Pat Carlen selon laquelle la femme criminelle n’existe pas, il prĂ©conise d’envisager une criminalitĂ© sans sexe a priori dans laquelle l’appartenance de sexe ne renverrait pas unilatĂ©ralement pour les uns au fĂ©minin et pour les autres au masculin. 48Se dissout alors l’objet mĂȘme de ce volume qui, dans un horizon queer, ne porterait dĂšs lors plus sur la dualitĂ© du sexe des acteurs de la violence, ni sur les genres fĂ©minins et virils convoquĂ©s dans ce type d’action, mais sur la violence elle-mĂȘme, qui suivrait d’autres lignes de partage. Ceci nous conduit Ă  dĂ©finir la violence avant tout comme un opĂ©rateur de distinction entre des groupes sociaux qui ont le droit lĂ©gal, le pouvoir matĂ©riel et symbolique d’en user et des groupes sociaux qui en sont lĂ©galement, matĂ©riellement et symboliquement dĂ©pourvus. PubliĂ© le 29 juil. 2009 Ă  300Selon un sondage rĂ©alisĂ© en France Ă  la fin des annĂ©es 1990, pour 6 femmes sur 10, c'est l'invention de la pilule qui avait le plus contribuĂ© Ă  changer leur vie au cours des dix prĂ©cĂ©dentes annĂ©es, loin devant l'Ă©galitĂ© professionnelle. Aujourd'hui, elles sont plus de 100 millions dans le monde - et 5,6 millions dans le seul Hexagone - Ă  prendre la pilule, chaque jour, pour Ă©viter des grossesses non dĂ©sirĂ©es. Mais pour devenir le premier moyen de contraception au monde, bien des obstacles tant scientifiques que moraux ont dĂ» ĂȘtre l'origine de l'invention de cet outil contraceptif rĂ©volutionnaire, un trio composĂ© de deux femmes, Margaret Sanger et Katherine McCormick, et d'un homme, Gregory Pincus. Margaret Sanger, infirmiĂšre new-yorkaise, assiste en 1912 Ă  la mort d'une jeune mĂšre de trois enfants qui avait tentĂ© d'avorter seule. Cet Ă©vĂ©nement achĂšve de forger chez Margaret Sanger, issue d'une famille de onze enfants, la conviction que les femmes ne pourraient vĂ©ritablement s'Ă©panouir qu'une fois libĂ©rĂ©es de la crainte de grossesses non dĂ©sirĂ©es. Elle se battra donc pendant quarante ans pour le contrĂŽle des naissances et crĂ©era en 1923 Ă  New York un Bureau d'information sur la contraception, qui fut le premier centre de planning familial. Katherine McCormick, elle, est issue d'une famille aisĂ©e d'avocats. DeuxiĂšme femme Ă  obtenir un diplĂŽme en sciences du MIT, c'est dans le cadre de ses activitĂ©s militantes en faveur du droit de vote fĂ©minin qu'elle va rencontrer Margaret Sanger, elle aussi " suffragette ". A la mort de sa mĂšre puis de son mari, Catherine McCormick hĂ©rite d'une fortune considĂ©rable qu'elle va en partie consacrer Ă  la mise au point d'un contraceptif oral bon et oestrogĂšnesLe bras armĂ© de cette quĂȘte sera le biologiste Gregory Pincus. En 1953, lorsque les deux femmes viennent le voir, ce dernier a cinquante ans et derriĂšre lui une carriĂšre oĂč sa crĂ©ativitĂ© scientifique lui a valu d'ĂȘtre rejetĂ© par l'establishment. En 1934, il avait en effet, rĂ©alisĂ© une grande premiĂšre en rĂ©ussissant la fertilisation in vitro de lapins. A l'heure oĂč paraissait " Le Meilleur des mondes ", d'Aldous Huxley, ces premiers " lapins Ă©prouvette " lui avaient valu d'ĂȘtre qualifiĂ© de " Dr Frankenstein " par le " New York Times ", mais aussi de perdre son poste de professeur assistant Ă  Harvard. Depuis, il survivait difficilement, crĂ©ant en 1944 une fondation qui s'Ă©tait peu Ă  peu spĂ©cialisĂ©e dans la recherche sur les hormones stĂ©roĂŻdiennes, classe Ă  laquelle appartiennent les hormones sexuelles. C'est sans doute son indĂ©pendance d'esprit et sa position en marge de l'establishment mĂ©dico-scientifique qui ont convaincu les deux femmes de lui confier le de Pincus est de trouver une mĂ©thode contraceptive qui mime les mĂ©canismes hormonaux naturels provoquant l'arrĂȘt de l'ovulation pendant la grossesse. Pincus fait alors l'hypothĂšse que cet arrĂȘt est liĂ© Ă  l'augmentation de la sĂ©crĂ©tion de progestĂ©rone, cette derniĂšre pouvant alors servir de contraceptif. Par chance, deux laboratoires, Syntex et Searle, viennent de synthĂ©tiser les premiĂšres formes orales actives de la progestĂ©rone. Ils laissent Pincus utiliser leurs formulations chez l'animal puis chez la femme. AprĂšs un premier essai concluant sur un nombre limitĂ© de femmes dans le Massachusetts, un essai Ă  grande Ă©chelle est lancĂ© Ă  Porto Rico en 1956 avec le produit de Searle qui associe des oestrogĂšnes Ă  la progestĂ©rone. L'efficacitĂ© du produit est prouvĂ©e et, en 1960, la FDA autorise pour la premiĂšre fois, la commercialisation d'une pilule contraceptive. Au fil du temps, les dosages en hormones ne cesseront de dĂ©croĂźtre jusqu'aux pilules minidosĂ©es parce que la pilule n'est pas un " mĂ©dicament " comme un autre, qu'elle touche Ă  la fĂ©conditĂ© et par lĂ  mĂȘme au statut de la femme, sa diffusion ne sera que progressive. La Grande-Bretagne sera le premier pays d'Europe Ă  l'autoriser en 1960. Mais en France, la loi de 1920, qui criminalise l'avortement, interdit aussi toute propagande pour la contraception. Il faudra attendre la loi Neuwirth de 1967 pour que l'importation, la fabrication et l'accĂšs aux produits contraceptifs soient autorisĂ©s. Avec des restrictions toutefois, comme l'obligation du consentement des parents avant 21 ans. C'est la loi Veil de 1974 qui lĂšvera les derniĂšres restrictions. PubliĂ© le 23/07/2021 Ă  1826, Mis Ă  jour le 26/07/2021 Ă  1841 Le port d'armes Ă  feu est exclusivement rĂ©servĂ© aux fonctionnaires des administrations. PHILIPPE HUGUEN / AFP FOCUS - Lors d'un hommage rendu Ă  trois gendarmes tuĂ©s en dĂ©cembre dernier dans le Puy-de-DĂŽme, le ministre de l'IntĂ©rieur GĂ©rald Darmanin a annoncĂ© vouloir restreindre davantage la dĂ©tention d'armes de guerre transformĂ©es.Je proposerai trĂšs prochainement d'interdire l'acquisition et la dĂ©tention des armes de guerre transformĂ©es qui sont aujourd'hui en circulation», a dĂ©clarĂ© GĂ©rald Darmanin jeudi 22 juillet lors d'un discours prononcĂ© Ă  la gendarmerie d'Ambert, Ă  laquelle Ă©taient rattachĂ©s les trois militaires tuĂ©s le 22 dĂ©cembre Ă  Saint-Just par un homme, Frederik Limol, qui Ă©tait lourdement lire aussiArmes illĂ©gales un arsenal invisible au service de la dĂ©linquanceLa lĂ©gislation française concernant la dĂ©tention d'armes Ă  feu est dĂ©jĂ  trĂšs restrictive, l'une des plus strictes d'Europe. Actuellement, que permet ou ne permet pas la loi ?Rappelons d'abord que la dĂ©tention est trĂšs diffĂ©rente du port d'armes Ă  feu. Le port d'armes est strictement rĂ©servĂ© aux membres des administrations pour une utilisation professionnelle. Il existe nĂ©anmoins quelques trĂšs rares dĂ©rogations qui concernent des personnes ou personnalitĂ©s menacĂ©es, sur dĂ©cisions exceptionnelles de l'administration. La dĂ©tention d'armes Ă  feu, quant Ă  elle, est bien dĂ©finie par la loi. Elle concerne les tireurs sportifs, les chasseurs et Ă©galement certaines personnes menacĂ©es. L'arme doit ĂȘtre alors conservĂ©e dans un coffre-fort, avec munitions placĂ©es Ă  l'Ă©cart. Le transport est autorisĂ© seulement entre le domicile et le lieu d' catĂ©gories d'armesLes armes - et parmi elles les armes Ă  feu - sont classĂ©es en France par catĂ©gories de A Ă  D. De ces quatre groupes va dĂ©pendre la possibilitĂ© ou non de dĂ©tenir une arme. Le critĂšre de ces catĂ©gories n'est pas la dangerositĂ© mais le mode de fonctionnement et le calibre», fait remarquer Laurent-Franck Lienard, avocat pĂ©naliste, spĂ©cialiste du droit des premiĂšre catĂ©gorie A contient des armes de guerre automatiques tirant par rafale ou des lance-roquettes par exemple. Elles sont interdites en France pour les catĂ©gorie B regroupe des armes de poing pistolets, revolvers etc., d'Ă©paule carabines semi-automatiques, Ă  impulsion Ă©lectrique ou les bombes lacrymogĂšnes. Elles nĂ©cessitent une autorisation de la prĂ©fecture pour ĂȘtre achetĂ©es. Cette autorisation, dĂ©livrĂ©e dans la cadre du tir sportif, nĂ©cessite une formation de 6 mois dans un stand de tir et sera valide pour une durĂ©e de 5 ans. Une liste d'infractions rend automatiquement impossible cette autorisation. Une vĂ©rification des antĂ©cĂ©dents judiciaires est donc rĂ©alisĂ©e, mais tous les cinq ans seulement, au moment oĂč l'autorisation est dĂ©livrĂ©e par la prĂ©fecture et Ă  son renouvellement. Il faudrait rendre cette vĂ©rification annuelle, plaide Laurent-Franck Lienard, au lieu d'Ă©largir une liste d'infractions dĂ©jĂ  extrĂȘmement longue», comme envisage de le faire GĂ©rald Darmanin. Il faut noter qu'un prĂ©fet peut Ă  tout moment interdire par dĂ©cision particuliĂšre et revenir sur une catĂ©gorie C comprend notamment des armes d'Ă©paule semi-automatiques, ou des armes Ă  air comprimĂ©. Il est possible de les acheter librement pour les tireurs sportifs, les chasseurs ou les collectionneurs, mais il est obligatoire de les dĂ©clarer Ă  la prĂ©fecture. L'administration peut Ă©videmment s'opposer Ă  la dĂ©tention de l'arme. Dans ce cas, le demandeur est notifiĂ© qu'il doit s'en dessaisir, puis doit le justifier. S'il ne le fait pas dans un dĂ©lai de trois mois les services de police interviennent», explique Laurent-Franck les armes de catĂ©gorie D sont gĂ©nĂ©ralement en vente libre, interdite nĂ©anmoins aux mineurs. Ce sont par exemple certaines bombes lacrymogĂšnes ou certaines armes Ă  impulsion Ă©lectrique dont on retrouve la liste sur le site voir aussi - Aux armes et cĂŠtera la vie des soldats français victimes de stress post-traumatiqueArmes de guerre transformĂ©esOĂč se situent donc ces armes de guerres transformĂ©es» actuellement dans le viseur du ministre ? Ces armes sont en rĂ©alitĂ© des armes de catĂ©gorie B, semi-automatiques, ou de catĂ©gories C, Ă  rĂ©pĂ©tition manuelle, sauf qu'elles ont l'allure et l'apparence d'armes de guerre automatiques», explique au Figaro Yves Gollety, prĂ©sident du syndicat national des lire aussiDijon, Nice...Face Ă  des armes de guerre, la police a-t-elle les moyens d'intervenir ?Les armes de guerre transformĂ©es ne correspondent donc pas forcĂ©ment Ă  une catĂ©gorie en particulier. Elles sont d'ailleurs parfois surclassĂ©es en fonction des critĂšres complexes de la catĂ©gorisation. MĂȘme Ă  rĂ©pĂ©tition manuelle, certaines armes peuvent ĂȘtre surclassĂ©es en catĂ©gorie B voire en A selon divers critĂšres calibre particulier 7,62 mm pour la Kalachnikov par exemple, longueur totale ou longueur de canon trop courte, capacitĂ© de chargeur trop Ă©levĂ©e», prĂ©cise pour Le Figaro Jeanne Ciuffa, avocate au barreau de anciennesQu'en est-il des couleuvrines, arquebuses, mousquets et autres armes Ă  feu anciennes ? Concernant ces armes, celles dont le modĂšle est antĂ©rieur Ă  1900, il faut Ă©galement se rĂ©fĂ©rer aux catĂ©gories correspondantes. Elles sont gĂ©nĂ©ralement classĂ©es dans la catĂ©gorie D, sauf une liste d'armes surclassĂ©es en A, B ou C par arrĂȘtĂ©, compte tenu de leur dangerosité», note Jeanne prĂ©cision pour les Français qui auraient retrouvĂ© au fond d'un grenier un vieux Ruby de la Grande Guerre ou un Browning 10/22 de la Seconde Guerre mondiale qu'elle ait Ă©tĂ© conçue en 1901 ou en 2021, une arme de poing reste classĂ©e en catĂ©gorie B voire parfois surclassĂ©e en A, sauf si elle est prĂšs de trois millions de Français possĂšdent une arme de catĂ©gorie B ou C, dites lĂ©tales, principalement des tireurs sportifs ou des voir aussi - L'État de New York annonce des mesures d'urgence pour limiter les armes Ă  feu Accueil DĂ©couvrez toutes nos Ă©tudes L’intervention des États-Unis dans la PremiĂšre Guerre mondiale Quatre soldats - un Français, un Anglais, un Italien et un AmĂ©ricain - avec la statue de la LibertĂ© Date de crĂ©ation 1918 Date reprĂ©sentĂ©e 1917 MusĂ©e 422 / 4 FI 30-2789. DĂ©dicace de l'artiste "Respectueux et cordial hommage Ă  Madame et Monsieur Davaine. A Saint-Amand. 13 septembre 1926". Titre manuscrit de l'exemplaire de cette lithographie au MusĂ©e de l'Histoire contemporaine, F1 83 La lutte Date de publication Octobre 2003 Auteur Luce-Marie ALBIGÈS et Marine VASSEUR L’intervention des États-Unis dans la PremiĂšre Guerre mondiale L’intervention des AmĂ©ricains Les Etats-Unis, qui avaient d’abord rĂ©solu de rester neutres, en 1914, sont entrĂ©s en guerre, le 6 avril 1917, aux cĂŽtĂ©s de l’Entente – France, Royaume-Uni, Russie – et de ses alliĂ©s – Belgique, Serbie, Japon, puis Italie, Roumanie, Portugal, GrĂšce et Chine. La guerre sous-marine Ă  outrance » dĂ©cidĂ©e par les Allemands qui torpillent les navires commerciaux neutres et leurs intrigues au Mexique ont prĂ©cipitĂ© les AmĂ©ricains dans l’autre camp. Au printemps 1918, les Allemands dĂ©gagĂ©s du front de l’Est car les Russes se sont retirĂ©s du combat Ă  la suite de la rĂ©volution d’Octobre armistice en dĂ©cembre 1917 et traitĂ© de Brest-Litovsk le 3 mars 1918 peuvent reprendre leurs attaques Ă  l’ouest. Mais, Ă  partir de mars 1918[1] principalement, les Etats-Unis envoient en Europe une armĂ©e qui, au moment de l’armistice, dĂ©passera deux millions d’hommes. Sans cette intervention extra-europĂ©enne dĂ©cidĂ©e en 1917, l’Entente Ă©tait surpassĂ©e en effectifs et financiĂšrement ruinĂ©e. En juin et juillet 1918, la 2e division amĂ©ricaine contribue efficacement Ă  interdire la progression des Allemands vers Paris. Une fraternitĂ© d’armes pour le combat de la LibertĂ© Cette lithographie de 71 cm sur 54 cm met en scĂšne les quatre principaux alliĂ©s de la fin du premier conflit mondial[2]. Tel un gĂ©nie tutĂ©laire, la statue de la LibertĂ©, offerte par la France pour le centenaire de l’indĂ©pendance amĂ©ricaine, domine la composition. Cette LibertĂ© n’a pas les traits fĂ©minins de la statue de Bartholdi, mais un visage farouche. Car l’allĂ©gorie donne sens Ă  la fraternitĂ© d’armes de trois soldats, un français, un anglais et un italien, cĂŽte Ă  cĂŽte dans une tranchĂ©e, et Ă  l’engagement, d’un militaire amĂ©ricain debout, prĂȘt Ă  l’action. Le bras levĂ© de la statue est coupĂ© par le cadrage, mais la scĂšne de la tranchĂ©e, au premier plan, resplendit pourtant en pleine lumiĂšre, comme Ă©clairĂ©e par son flambeau invisible. Le dessin vigoureux de Lucien Jonas[3], peintre militaire pendant la guerre de 14-18, figure ici les combattants accrochĂ©s Ă  la dĂ©fense du territoire et brosse diffĂ©remment, comme une immense apparition Ă©mergeant des tĂ©nĂšbres, l’allĂ©gorie puissante de la LibertĂ©. La composition et le style distinguent ainsi deux plans, celui de la rĂ©alitĂ© visible et celui de l’élan Ă©pique qui l’anime. Les soldats, tout Ă  leur devoir, scrutent la ligne de front, mais la LibertĂ© regarde le spectateur dans les yeux, faisant appel Ă  sa conscience. Accroupi au bord de la tranchĂ©e, le soldat français, qui porte l’insigne du 127e rĂ©giment d’infanterie de Valenciennes, touche de la main le sol sacrĂ© de la mĂšre patrie, prĂȘt Ă  bondir. La dĂ©fense de la terre n’est pas ici une abstraction. Le territoire national est envahi. Des milliers d’hommes se battent quotidiennement pour lui et font corps, vivants ou morts, avec cette terre dans les tranchĂ©es. Son fusil posĂ©, le soldat britannique, Ă©quipĂ© d’un des premiers modĂšles de masque Ă  gaz, se dresse courageusement, en compagnon d’armes rĂ©solu et sans crainte. Le bersagliero italien occupe une place plus en retrait. Devant eux gĂźt, abandonnĂ©, un casque Ă  ergots, utilisĂ© par l’armĂ©e allemande Ă  partir de fĂ©vrier 1916, signe dĂ©risoire de la proximitĂ© de l’ennemi. Par rapport aux autres belligĂ©rants engluĂ©s dans l’univers des tranchĂ©es, le soldat amĂ©ricain coiffĂ© d’un casque se dresse debout, le pied gauche en avant, baĂŻonnette au canon du fusil. Il est cependant l’élĂ©ment neuf, prĂȘt au mouvement. Aux soldats et aux civils, il apporte l’espĂ©rance de la victoire. La lutte pour la libertĂ©, mystique de guerre Lucien Jonas a rĂ©alisĂ©, en octobre 1917, une autre lithographie intitulĂ©e Hardi les gars, j’arrive »[4], qui prĂ©sente une composition proche mais non la mĂȘme conviction. Ici, l’intensitĂ© du message rĂ©side dans son dĂ©pouillement nos soldats unis combattent sans relĂąche pour la dĂ©fense de la libertĂ© ; la situation figĂ©e des tranchĂ©es peut ĂȘtre renversĂ©e par les nouveaux effectifs amĂ©ricains. A l’occasion du 14 juillet 1918, l’artiste montre que le dĂ©sintĂ©ressement hĂ©roĂŻque des combattants est animĂ© par la valeur suprĂȘme de la LibertĂ©. La statue de Bartholdi, souvent utilisĂ©e par les affichistes, symbolise ici Ă  la fois la fraternitĂ© des pays issus de rĂ©volutions dĂ©mocratiques et la dĂ©termination inĂ©branlable des AlliĂ©s nĂ©e de la justesse de leur cause. L’artiste tĂ©moigne de la conviction exceptionnelle qu’avaient les pays de l’Entente de dĂ©fendre la libertĂ©. Son dessin Ă©claire une interrogation profonde comment la PremiĂšre Guerre mondiale a-t-elle pu cristalliser un tel phĂ©nomĂšne de rĂ©sistance et de sacrifice de la part de millions de combattants et de civils pendant quatre ans ? Georges Bernanos, ancien combattant lui-mĂȘme, l’analysera en 1941 Georges Bernanos, Lettre aux Anglais, 1941 Il n’est pas de guerre possible sans une mystique de guerre et c’est le peuple, non la bourgeoisie, qui a donnĂ© Ă  la guerre de 1914 sa mystique. C’est finalement contre le nationalisme et le militarisme allemands que se sont Ă©levĂ©s nos hommes. » Le peuple de France a cru faire cette guerre, pour le Droit, la Justice, la paix universelle », pour accomplir la mission que l’histoire lui aurait confiĂ©e, comme tous les combattants l’ont appris sur les bancs de l’école rĂ©publicaine de Jules Ferry ». Pierre VALLAUD, 14-18, la PremiĂšre Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004. Georges BERNANOS, Lettre aux Anglais Paris, Gallimard, 1946. Jean-Baptiste DUROSELLE La Grande Guerre des Français 1914-1918 Paris, Perrin, 1998. Les Affiches de la Grande Guerre Historial de la Grande Guerre, Amiens, Martelle Editions, 1998. Mario ISNENGHI La PremiĂšre Guerre mondiale Paris-Florence, Casterman-Giunti, 1993. Journal de la France et des Français, chronologie politique, culturelle et religieuse, de Clovis Ă  2000 Paris, Gallimard, 2001. Claudine WALLART Sur une affiche de Lucien Jonas », in Cent images, cent textes, cent ans Ă  Valenciennes, Valentiana, Revue d’histoire des Pays du Hainaut Français n° 25-26, numĂ©ro double 1er-2e semestre 2000. Luce-Marie ALBIGÈS et Marine VASSEUR, L’intervention des États-Unis dans la PremiĂšre Guerre mondiale », Histoire par l'image [en ligne], consultĂ© le 24/08/2022. URL Albums liĂ©s DĂ©couvrez nos Ă©tudes La France au service de l'unitĂ© italienne AprĂšs les rĂ©volutions de 1848, l’Italie a retrouvĂ© le rĂ©gime de 1815 d’un cĂŽtĂ© des petites souverainetĂ©s despotiques sans aucun lien confĂ©dĂ©ral
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