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DĂ©sormais ex ministre de la SantĂ© et de lâAction sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, nâa pas tardĂ© Ă rĂ©agir suite Ă son limogeage. PUBLICITĂ. « AprĂšs avoir rĂ©itĂ©rĂ© mon soutien moral Ă
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Site De Rencontre Gratuit Entre Femmes. ACTE TROISIĂMELE VIEILLARD LE CHĂTEAU DE SILVADans les montagnes dâAragon. La galerie des portraits de famille de Silva ; grande salle, dont ces portraits entourĂ©s de riches bordures, et surmontĂ©s de couronnes ducales et dâĂ©cussons dorĂ©s, font la dĂ©coration. Au fond une haute porte gothique. Entre chaque portrait une panoplie complĂšte, toutes ces armures de siĂšcles diffĂ©rents. SCĂNE PREMIĂRE DOĂA SOL, blanche et debout prĂšs dâune table, DON RUY GOMEZ DE SILVA, assis dans un grand fauteuil ducal en bois de chĂȘne. don ruy gomez. Enfin ! Câest aujourdâhui ! Dans une heure on sera Ma duchesse ! Plus dâoncle ! et lâon mâembrassera ! Mais, mâas-tu pardonnĂ© ? Jâavais tort, je lâavoue. Jâai fait rougir ton front, jâai fait pĂąlir ta joue Jâai soupçonnĂ© trop vite, et je nâaurais point dĂ» Te condamner ainsi sans avoir entendu. Que lâapparence a tort ! Injustes que nous sommes ! Certe, ils Ă©taient bien lĂ , les deux beaux jeunes hommes ! Câest Ă©gal. Je devais nâen pas croire mes yeux. Mais que veux-tu, ma pauvre enfant ? Quand on est vieux ! doña sol, immobile et grave. Vous reparlez toujours de cela, qui vous blĂąme ? don ruy gomez. Moi ! Jâeus tort. Je devais savoir quâavec ton Ăąme On nâa point de galants, quand on est doña Sol, Et quâon a dans le cĆur de bon sang espagnol. doña sol. Certes, il est bon et pur, monseigneur ; et peut-ĂȘtre On le verra bientĂŽt. don ruy gomez, se levant et allant Ă elle. Ăcoute, on nâest pas maĂźtre De soi-mĂȘme, amoureux comme je suis de toi, Et vieux. On est jaloux, on est mĂ©chant ! Pourquoi ? Parce que lâon est vieux. Parce que beautĂ©, grĂące, Jeunesse, dans autrui, tout fait peur, tout menace. Parce quâon est jaloux des autres, et honteux De soi. DĂ©rision ! Que cet amour boiteux Qui nous remet au cĆur tant dâivresse et de flamme, Ait oubliĂ© le corps en rajeunissant lâĂąme ! Quand passe un jeune pĂątre, â oui, câen est lĂ ! â souvent, Tandis que nous allons, lui chantant, moi rĂȘvant, Lui, dans son prĂ© vert, moi dans mes noires allĂ©es, Souvent je dis tout bas Ă mes tours Ă©croulĂ©es, Mon vieux donjon ducal, que je vous donnerais ! Oh ! Que je donnerais mes blĂ©s et mes forĂȘts, Et les vastes troupeaux qui tondent mes collines, Mon vieux nom, mon vieux titre et toutes mes ruines ; Et tous mes vieux aĂŻeux qui bientĂŽt me verront, Pour sa chaumiĂšre neuve, et pour son jeune front ! â Car ses cheveux sont noirs ; car son Ćil reluit comme Le tien. Tu peux le voir et dire ce jeune homme ! Et puis, penser Ă moi qui suis vieux. â Je le sais ! Pourtant, jâai nom Silva, mais ce nâest plus assez. Oui, je me dis cela. Vois Ă quel point je tâaime ! Le tout, pour ĂȘtre jeune et beau comme toi-mĂȘme ! Mais Ă quoi vais-je ici rĂȘver ? Moi, jeune et beau ! Qui te dois de si loin devancer au tombeau ! doña sol. Qui sait ? don ruy gomez. Mais, va, crois-moi, ces cavaliers frivoles Nâont pas dâamour si grand quâil ne sâuse en paroles. Quâune fille aime et croie un de ces jouvenceaux, Elle en meurt ; il en rit. Tous ces jeunes oiseaux, Ă lâaile vive et peinte, au langoureux ramage, Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage. Les vieux, dont lâĂąge Ă©teint la voix et les couleurs, Ont lâaile plus fidĂšle, et, moins beaux, sont meilleurs. Nous aimons bien. Nos pas sont lourds ? Nos yeux arides ? Nos fronts ridĂ©s ? Au cĆur on nâa jamais de rides. HĂ©las ! Quand un vieillard aime, il faut lâĂ©pargner ; Le cĆur est toujours jeune et peut toujours saigner. Ah ! Je tâaime en Ă©poux, en pĂšre ! Et puis encore De cent autres façons, comme on aime lâaurore, Comme on aime les fleurs, comme on aime les cieux ! De te voir tous les jours, toi, ton pas gracieux, Ton front pur, le beau feu de ta douce prunelle, Je ris, et jâai dans lâĂąme une fĂȘte Ă©ternelle ! Doña Sol. HĂ©las ! don ruy gomez. Et puis, vois-tu ? Le monde trouve beau, Lorsquâun homme sâĂ©teint, et, lambeau par lambeau Sâen va, lorsquâil trĂ©buche au marbre de la tombe ; Quâune femme, ange pur, innocente colombe, Veille sur lui, lâabrite, et daigne encor souffrir Lâinutile vieillard qui nâest bon quâĂ mourir. Câest une Ćuvre sacrĂ©e, et quâĂ bon droit on loue, Que ce suprĂȘme effort dâun cĆur qui se dĂ©voue, Qui console un mourant jusquâĂ la fin du jour, Et, sans aimer peut-ĂȘtre, a des semblants dâamour ! Ah ! Tu seras pour moi cet ange au cĆur de femme, Qui, du pauvre vieillard rĂ©jouit encor lâĂąme, Et de ses derniers ans lui porte la moitiĂ©, Fille par le respect et sĆur par la pitiĂ©. doña sol. Loin de me prĂ©cĂ©der, vous pourrez bien me suivre, Monseigneur ! Ce nâest pas une raison pour vivre Que dâĂȘtre jeune. HĂ©las ! Je vous le dis, souvent Les vieillards sont tardifs, les jeunes vont devant, Et leurs yeux brusquement referment leur paupiĂšre, Comme un sĂ©pulcre ouvert dont retombe la pierre. don ruy gomez. Oh ! Les sombres discours ! Mais je vous gronderai, Enfant ! Un pareil jour est joyeux et sacrĂ©. Comment Ă ce propos, quand lâheure nous appelle, NâĂȘtes-vous pas encor prĂȘte pour la chapelle ? Mais, vite ! Habillez-vous. â Je compte les instants. La parure de noce ! doña sol. Il sera toujours ruy gomez. Non pas. Entre un page Que veut Iaquez ?le page. Monseigneur, Ă la porte, Un homme, un pĂšlerin, un mendiant, nâimporte, Est lĂ qui vous demande asile. don ruy gomez. Quel quâil soit, Le bonheur entre avec lâĂ©tranger quâon reçoit, Quâil vienne. â Du dehors a-t-on quelques nouvelles ? Que dit-on de ce chef de bandits infidĂšles Qui remplit nos forĂȘts de sa rĂ©bellion ? le page. Câen est fait dâHernani ; câen est fait du lion De la montagne. doña sol, Ă part. Dieu !don ruy gomez, au page. Quoi ?le page. La troupe est dĂ©truite. Le roi, dit-on, sâest mis lui-mĂȘme Ă leur poursuite. La tĂȘte dâHernani vaut mille Ă©cus du roi, Pour lâinstant ; mais on dit quâil est mort. doña sol, Ă part. Quoi ! Sans moi, Hernani ? don ruy gomez. GrĂące au ciel ! Il est mort, le rebelle ! On peut se rĂ©jouir maintenant, chĂšre belle ! Allez donc vous parer, mon amour, mon orgueil ! Aujourdâhui, double fĂȘte. doña sol, Ă part. Oh ! Des habits de sort. don ruy gomez, au page. Fais-lui vite porter lâĂ©crin que je lui donne. Il se rassied dans son fauteuil. Je veux la voir parĂ©e ainsi quâune madone, Et, grĂące Ă ses yeux noirs, et grĂące Ă mon Ă©crin, Belle Ă faire Ă genoux tomber un pĂšlerin. A propos, et celui qui nous demande un gĂźte ? Dis-lui dâentrer, fais-lui mes excuses ; cours vite. Le page salue et sort. Laisser son hĂŽte attendre !⊠ah ! Câest mal ! La porte du fond sâouvre, Hernani paraĂźt dĂ©guisĂ© en pĂšlerin. Le duc se lĂšve. SCĂNE II DON RUY GOMEZ DE SILVA, HERNANI. Hernani sâarrĂȘte sur le seuil de la porte. Monseigneur, Paix et bonheur Ă vous ! don ruy gomez, le saluant de la main. Ă toi paix et bonheur, Mon hĂŽte !... Hernani entre. Le duc se rassied. Nâes-tu pas pĂšlerin ?hernani, s'inclinant. ruy gomez Sans doute Tu viens dâArmillas ? hernani Non, jâai pris une autre route. On se battait par lĂ . don ruy gomez La troupe du banni, Nâest-ce pas ? hernani Je ne sais. don ruy chef, le Hernani, Que devient-il ? Sais-tu ? hernani. Seigneur, quel est cet homme ?don ruy gomez. Tu ne le connais pas ? Tant pis ! La grosse somme Ne sera point pour toi. Vois-tu, ce Hernani, Câest un rebelle au roi, trop longtemps impuni Si tu vas Ă Madrid, tu le pourras voir pendre. hernani. Je nây vais pas. don ruy gomez. Sa tĂȘte est Ă qui veut la Ă part. Quâon y vienne ! don ruy gomez. OĂč vas-tu, bon pĂšlerin ?hernani. Seigneur, Je vais Ă Saragosse. don ruy gomez. Un vĆu fait en lâhonneur Dâun saint ? De Notre-Dame ? hernani. Oui, duc, de ruy gomez. Del Pilar ? hernani. Del Pilar. don ruy faut nâavoir point dâĂąme Pour ne point acquitter les vĆux quâon fait aux saints. Mais, le tien accompli, nâas-tu dâautres desseins ? Voir le pilier, câest lĂ tout ce que tu dĂ©sires ? hernani. Oui, je veux voir brĂ»ler les flambeaux et les cires, Voir Notre-Dame au fond du sombre corridor, Luire en sa chĂąsse ardente, avec sa chape dâor ; Et puis mâen retourner. don ruy gomez. Fort bien ! Ton nom, mon frĂšre ? Je suis Ruy De Silva. hernani, hĂ©sitant. Mon nom ?...don ruy gomez. Tu peux le taire Si tu veux. Nul nâa droit de le savoir ici. Viens-tu pas demander asile ? hernani. Oui, ruy gomez. Merci. Sois le bienvenu. Reste, ami ! Ne te fais faute De rien. Quant Ă ton nom, tu te nommes mon hĂŽte. Qui que tu sois, câest bien ! Et, sans ĂȘtre inquiet, Jâaccueillerais Satan, si Dieu me lâenvoyait. La porte du fond s'ouvre Ă deux battants. Entre doña Sol, en parure de mariĂ©e. DerriĂšre elle, pages, valets, et deux femmes portant sur un coussin de velours un coffret d'argent ciselĂ©, qu'elles vont dĂ©poser sur une table, et qui renferme un riche Ă©crin, couronne de duchesse, bracelets, colliers, perles et brillants, pĂȘle-mĂȘle. â Hernani, haletant et effarĂ©, considĂšre doña Sol avec des yeux ardents, sans Ă©couter le duc. ScĂšne III LES MĂMES, DOĂA SOL, PAGES, VALETS, FEMMES. Don Ruy Gomez, continuant. Voici ma Notre-Dame Ă moi. Lâavoir priĂ©e Te portera bonheur. Il va prĂ©senter la main Ă doña Sol, toujours pĂąle et grave. Te portera belle mariĂ©e, Venez. â Quoi ! Pas dâanneau ! Pas de couronne encor ! Hernani, d'une voix tonnante. Qui veut gagner ici mille carolus dâor ? Tous se retournent Ă©tonnĂ©s. Il dĂ©chire sa robe de pĂšlerin, la foule aux pieds et en sort dans son costume de montagnard. Je suis Hernani ! Doña Sol, Ă part, avec joie. Je suis Hernani !Ciel ! vivant ! Hernani, aux valets. Je suis Hernani ! Ciel ! vivant !Je suis cet homme Quâon cherche. Au duc. Quâon chercheVous vouliez savoir si je me nomme Perez ou Diego ? â Non ! Je me nomme Hernani. Câest un bien plus beau nom, câest un nom de banni, Câest un nom de proscrit ! Vous voyez cette tĂȘte ? Elle vaut assez dâor pour payer votre fĂȘte ! Aux valets. Je vous la donne Ă tous. Vous serez bien payĂ©s ! Prenez ! liez mes mains, liez mes pieds, liez ! Mais non, câest inutile, une chaĂźne me lie Que je ne romprai point. Doña Sol, Ă part. Que je ne romprai ! Don Ruy Gomez. Que je ne romprai point. Malheureuse !Folie ! ĂĂ , mon hĂŽte est un fou ! Hernani. ĂĂ , mon hĂŽte est un fou !Votre hĂŽte est un bandit. Doña Sol. Oh ! Ne lâĂ©coutez pas. Hernani. Oh ! Ne lâĂ©coutez dit ce que jâai dit. Don Ruy Gomez. Mille carolus dâor ! monsieur, la somme est forte Et je ne suis pas sĂ»r de tous mes gens. Hernani. Et je ne suis pas sĂ»r de tous mes ? Tant mieux si dans le nombre il s'en trouve un qui veut. Aux valets Livrez-moi ! vendez-moi ! Don Ruy Gomez, s'efforçant de le faire taire. Livrez-moi ! vendez-moi !Taisez-vous donc ! on peut Vous prendre au mot. Hernani. Vous prendre au l'occasion est belle ! Je vous dis que je suis le proscrit, le rebelle, Hernani ! Don Ruy Gomez. Hernani !Taisez-vous ! Hernani. Hernani ! Taisez-vous !Hernani ! Doña Sol, dâune voix Ă©teinte, Ă son oreille. Hernani ! Taisez-vous ! Hernani !Oh ! tais-toi ! Hernani., se dĂ©tournant Ă demi vers doña Sol. On se marie ici ! Je veux en ĂȘtre, moi ! Mon Ă©pousĂ©e aussi mâattend. Au duc. Mon Ă©pousĂ©e aussi mâ est moins belle Que la vĂŽtre, seigneur, mais nâest pas moins fidĂšle. C'est la mort ! Aux valets. C'est la mort !Nul de vous ne fait un pas encor ? Doña Sol, bas. Par pitiĂ© ! Hernani., aux valets. Par pitiĂ© !Hernani ! mille carolus dâor ! Don Ruy Gomez. Câest le dĂ©mon ! Hernani., Ă un jeune homme. Câest le toi ; tu gagneras la somme. Riche alors, de valet tu redeviendras homme. Aux valets qui restent immobiles. Vous aussi, vous tremblez ! Ai-je assez de malheur ! Don Ruy Gomez. FrĂšre, Ă toucher ta tĂȘte ils risqueraient la leur. Fusses-tu Hernani, fusses-tu cent fois pire, Pour ta vie, au lieu dâor, offrĂźt-on un empire, Mon hĂŽte ! Je te dois protĂ©ger en ce lieu, MĂȘme contre le roi, car je te tiens de Dieu. Sâil tombe un seul cheveu de ton front, que je meure ! A doña Sol. Ma niĂšce, vous serez ma femme dans une heure. Rentrez chez vous. Je vais faire armer le chĂąteau, Jâen vais fermer la porte. Il sort. Les valets le suivent. Hernani, regardant avec dĂ©sespoir sa ceinture dĂ©garnie et dĂ©sarmĂ©e. Jâen vais fermer la ! Pas mĂȘme un couteau ! Doña Sol, aprĂšs que le duc a disparu, fait quelques pas comme pour suivre ses femmes, puis sâarrĂȘte, et, dĂšs quâelles sont sorties, revient vers Hernani avec anxiĂ©tĂ©. ScĂšne IV HERNANI, DOĂA SOL. Hernani considĂšre avec un regard froid et comme inattentif lâĂ©crin nuptial placĂ© sur la table ; puis il hoche la tĂȘte, et ses yeux sâallument. Hernani. Je vous fais compliment ! Plus que je ne puis dire La parure me charme et mâenchante, et jâadmire ! Il s'approche de l'Ă©crin. La bague est de bon goĂ»t, â la couronne me plaĂźt, â Le collier est d'un beau travail, â et le bracelet Est rare, â mais cent fois, cent fois moins que la femme Qui sous un front si pur cache ce cĆur infĂąme ! Examinant de nouveau le coffret. Et qu'avez-vous donnĂ© pour tout cela ? â Fort bien ! Un peu de votre amour ? mais, vraiment, c'est pour rien ! Grand Dieu ! trahir ainsi ! n'avoir pas honte, et vivre ! Examinant l'Ă©crin. Mais peut-ĂȘtre aprĂšs tout c'est perle fausse et cuivre Au lieu de l'or, verre et plomb, diamants dĂ©loyaux, Faux saphirs, faux bijoux, faux brillants, faux joyaux ! Ah ! s'il en est ainsi, comme cette parure, Ton cĆur est faux, duchesse, et tu n'es que dorure ! Il revient au coffret. â Mais non, non. tout est vrai, tout est bon, tout est beau Il nâoserait tromper, lui, qui touche au tombeau. Rien n'y manque. Il prend lâune aprĂšs lâautre toutes les piĂšces de lâĂ©crin. Rien nây manque !Colliers, brillants, pendants dâoreille, Couronne de duchesse, anneau dâor⊠â A merveille ! Grand merci de lâamour sĂ»r, fidĂšle et profond ! Le prĂ©cieux Ă©crin ! Doña Sol. Elle va au coffret, y fouille et en tire un poignard. Le prĂ©cieux Ă©crin !Vous nâallez pas au fond ! â Câest le poignard, quâavec lâaide de ma patronne Je pris au roi Carlos, lorsquâil mâoffrit un trĂŽne, Et que je refusai, pour vous qui mâoutragez ! Hernani, tombant Ă ses pieds. Oh ! laisse, quâĂ genoux, dans tes yeux affligĂ©s Jâefface tous ces pleurs amers et pleins de charmes, Et tu prendras aprĂšs tout mon sang pour tes larmes ! Doña Sol, attendrie. Hernani ! je vous aime et vous pardonne, et nâai Que de lâamour pour vous. Hernani. Que de lâamour pour mâa pardonnĂ©, Et mâaime ! Qui pourra faire aussi que moi-mĂȘme, AprĂšs ce que jâai dit, je me pardonne et mâaime ? Oh ! Je voudrais savoir, ange au ciel rĂ©servĂ©, OĂč vous avez marchĂ©, pour baiser le pavĂ© ! Doña Sol. Ami ! Hernani. Ami !Non ! je dois tâĂȘtre odieux ! Mais, Ă©coute, Dis-moi je tâaime ! HĂ©las ! rassure un cĆur qui doute, Dis-le moi ! car souvent, avec ce peu de mots La bouche dâune femme a guĂ©ri bien des maux ! Doña Sol, absorbĂ©e et sans l'entendre. Croire que mon amour eĂ»t si peu de mĂ©moire ! Que jamais ils pourraient, tous ces hommes sans gloire, JusquâĂ dâautres amours, plus nobles Ă leur grĂ©, Rapetisser un cĆur oĂč son nom est entrĂ© ! Hernani. HĂ©las ! Jâai blasphĂ©mĂ© ! Si jâĂ©tais Ă ta place, Doña Sol, jâen aurais assez, je serais lasse De ce fou furieux, de ce sombre insensĂ© Qui ne sait caresser quâaprĂšs quâil a blessĂ© ! Je lui dirais Va-t-en ! Repousse-moi, repousse ! Et je te bĂ©nirai, car tu fus bonne et douce, Car tu mâas supportĂ© trop longtemps, car je suis Mauvais, je noircirais tes jours avec mes nuits, Car câen est trop enfin, ton Ăąme est belle et haute Et pure, et si je suis mĂ©chant, est-ce ta faute ? Ăpouse le vieux duc ! Il est bon, noble, il a Par sa mĂšre Olmedo, par son pĂšre Alcala. Encore un coup, sois riche avec lui, sois heureuse ! Moi, sais-tu ce que peut cette main gĂ©nĂ©reuse Tâoffrir de magnifique ? une dot de douleurs. Tu pourras y choisir ou du sang ou des pleurs. Lâexil, les fers, la mort, lâeffroi qui mâenvironne, Câest lĂ ton collier dâor, câest ta belle couronne, Et jamais Ă lâĂ©pouse un Ă©poux plein dâorgueil Nâoffrit plus riche Ă©crin de misĂšre et de deuil. Ăpouse le vieillard, te dis-je ; il te mĂ©rite ! Eh ! qui jamais croira que ma tĂȘte proscrite Aille avec ton front pur ? qui, nous voyant tous deux, Toi, calme et belle, moi, violent, hasardeux, Toi, paisible et croissant comme une fleur Ă lâombre, Moi, heurtĂ© dans lâorage Ă des Ă©cueils sans nombre, Qui dira que nos sorts suivent la mĂȘme loi ? Non. Dieu qui fait tout bien ne te fit pas pour moi. Je nâai nul droit dâen haut sur toi, je me rĂ©signe ! Jâai ton cĆur, câest un vol ! je le rends au plus digne. Jamais Ă nos amours le ciel nâa consenti. Si jâai dit que câĂ©tait ton destin, jâai menti ! Dâailleurs, vengeance, amour, adieu ! mon jour sâachĂšve. Je mâen vais, inutile, avec mon double rĂȘve, Honteux de nâavoir pu ni punir, ni charmer, Quâon mâait fait pour haĂŻr, moi qui nâai su quâaimer ! Pardonne-moi ! fuis-moi ! ce sont mes deux priĂšres ; Ne les rejette pas, car ce sont les derniĂšres ! Tu vis et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi ! Doña Sol. Ingrat ! Hernani. Ingrat !Monts dâAragon ! Galice ! Estramadoure ! â Oh ! je porte malheur Ă tout ce qui mâentoure ! â Jâai pris vos meilleurs fils, pour mes droits, sans remords Je les ai fait combattre, et voilĂ quâils sont morts ! CâĂ©taient les plus vaillants de la vaillante Espagne. Ils sont morts ! ils sont tous tombĂ©s dans la montagne Tous sur le dos couchĂ©s, en justes, devant Dieu, Et sâils ouvraient les yeux, ils verraient le ciel bleu ! VoilĂ ce que je fais de tout ce qui mâĂ©pouse ! Est-ce une destinĂ©e Ă te rendre jalouse ? Doña Sol, prends le duc, prends lâenfer, prends le roi ! Câest bien. Tout ce qui nâest pas moi vaut mieux que moi ! Je nâai plus un ami qui de moi se souvienne, Tout me quitte, il est temps quâĂ la fin ton tour vienne, Car je dois ĂȘtre seul. Fuis ma contagion. Ne te fais pas dâaimer une religion ! Oh ! par pitiĂ© pour toi, fuis ! â Tu me crois peut-ĂȘtre Un homme comme sont tous les autres, un ĂȘtre Intelligent, qui court droit au but quâil rĂȘva. DĂ©trompe-toi. Je suis une force qui va ! Agent aveugle et sourd de mystĂšres funĂšbres ! Une Ăąme de malheur faite avec des tĂ©nĂšbres ! OĂč vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussĂ© Dâun souffle impĂ©tueux, dâun destin insensĂ©. Je descends, je descends, et jamais ne mâarrĂȘte. Si parfois, haletant, jâose tourner la tĂȘte, Une voix me dit Marche ! et lâabĂźme et profond, Et de flamme et de sang je le vois rouge au fond ! Cependant, Ă lâentour de ma course farouche, Tout se brise, tout meurt. Malheur Ă qui me touche ! Oh ! fuis ! dĂ©tourne-toi de mon chemin fatal. HĂ©las ! sans le vouloir, je te ferais du mal ! Doña Sol. Grand Dieu ! Hernani. Grand Dieu !Câest un dĂ©mon redoutable, te dis-je, Que le mien. Mon bonheur ! voilĂ le seul prodige Qui lui soit impossible. Et toi, câest le bonheur ! Tu nâes donc pas pour moi, cherche un autre seigneur, Va, si jamais le ciel Ă mon sort quâil renie Souriait⊠nây crois pas ! ce serait ironie ! Ăpouse le duc ! Doña Sol. Ăpouse le duc !Donc ce nâĂ©tait pas assez ! Vous aviez dĂ©chirĂ© mon cĆur, vous le brisez ! Ah ! Vous ne mâaimez plus ! Hernani. Ah ! Vous ne mâaimez plus !Oh ! Mon cĆur et mon Ăąme, Câest toi ! Lâardent foyer dâoĂč me vient toute flamme, Câest toi ! Ne mâen veux pas de fuir, ĂȘtre adorĂ© ! Doña Sol. Je ne vous en veux pas, seulement jâen mourrai. Hernani. Mourir ! pour qui ? pour moi ? se peut-il que tu meures Pour si peu ? Doña Sol, laissant Ă©clater ses larmes. Pour si peu ?VoilĂ tout. Elle tombe sur un fauteuil. Hernani, sâasseyant prĂšs dâelle. Pour si peu ? VoilĂ ! tu pleures ! tu pleures ! Et câest encor ma faute ! Et qui me punira ? Car tu pardonneras encor ! Qui te dira Ce que je souffre au moins, lorsquâune larme noie La flamme de tes yeux, dont lâĂ©clair est ma joie ! Oh ! Mes amis sont morts ! Oh ! Je suis insensĂ© ! Pardonne ! Je voudrais aimer, je ne le sai. HĂ©las ! Jâaime pourtant dâune amour bien profonde ! â Ne pleure pas ! mourons plutĂŽt ! â Que nâai-je un monde ? Je te le donnerais ! Je suis bien malheureux ! Doña Sol, se jetant Ă son cou. Vous ĂȘtes mon lion, superbe et gĂ©nĂ©reux ! Je vous aime. Hernani. Je vous ! Lâamour serait un bien suprĂȘme Si lâon pouvait mourir de trop aimer ! Doña Sol. Si lâon pouvait mourir de trop aimer !Je tâaime ! Monseigneur ! Je vous aime, et je suis toute Ă vous. Hernani, laissant tomber sa tĂȘte sur son Ă©paule. Oh ! quâun coup de poignard de toi me serait doux ! Doña Sol, suppliante. Ah ! Ne craignez-vous pas que Dieu ne vous punisse De parler de la sorte ? Hernani, toujours appuyĂ© sur son sein. De parler de la sorte ?Eh bien ! quâil nous unisse ! Tu le veux. Quâil en soit ainsi ! â Jâai rĂ©sistĂ©. Tous deux, dans les bras lâun de lâautre, se regardent avec extase, sans voir, sans entendre, et comme absorbĂ©s dans leurs regards. â Entre don Ruy Gomez par la porte du fond. Il regarde et sâarrĂȘte comme pĂ©trifiĂ© sur le seuil. ScĂšne V HERNANI, DOĂA SOL, DON RUY GOMEZ. Don Ruy Gomez, immobile et croisant les bras sur le seuil de la porte. VoilĂ donc le paiement de lâhospitalitĂ© ! Doña Sol. Dieu ! le duc ! Tous deux se dĂ©tournent comme rĂ©veillĂ©s en sursaut. Don Ruy Gomez, toujours immobile. Dieu ! le duc !C'est donc lĂ mon salaire, mon hĂŽte ? â Bon seigneur, va-tâen voir si ta muraille est haute, Si la porte est bien close et lâarcher dans sa tour, De ton chĂąteau pour nous, fais et refais le tour, Cherche en ton arsenal une armure Ă ta taille, Ressaie, Ă soixante ans, ton harnais de bataille ! Voici la loyautĂ© dont nous paĂźrons ta foi ! Tu fais cela pour nous, et nous ceci pour toi. Saints du ciel ! Jâai vĂ©cu plus de soixante annĂ©es, Jâai vu bien des bandits aux Ăąmes effrĂ©nĂ©es, Jâai souvent, en tirant ma dague du fourreau Fait lever sur mes pas des gibiers de bourreau, J'ai vu des assassins, des monnayeurs, des traĂźtres, De faux valets Ă table empoisonnant leurs maĂźtres, J'en ai vu qui mouraient sans croix et sans pater, Jâai vu Sforce, jâai vu Borgia, je vois Luther, Mais je nâai jamais vu perversitĂ© si haute Qui nâeĂ»t craint le tonnerre en trahissant son hĂŽte ! Ce nâest pas de mon temps. Si noire trahison PĂ©trifie un vieillard au seuil de sa maison, Et fait que le vieux maĂźtre, en attendant quâil tombe, A lâair dâune statue Ă mettre sur sa tombe. Maures et castillans ! Quel est cet homme-ci ? Il lĂšve les yeux et les promĂšne sur les portraits qui entourent la salle. O vous ! Tous les Silva qui mâĂ©coutez ici, Pardon si devant vous, pardon si ma colĂšre Dit lâhospitalitĂ© mauvaise conseillĂšre ! Hernani, se levant. Duc⊠Don Ruy Gomez. DucâŠTais-toi ! Il fait lentement trois pas dans la salle et promĂšne de nouveau ses regards sur les portraits des Silva. Duc⊠Tais-toi !Morts sacrĂ©s ! aĂŻeux ! hommes de fer ! Qui voyez ce qui vient du ciel et de l'enfer, Dites moi, messeigneurs, dites, quel est cet homme ? Ce n'est pas Hernani, c'est Judas qu'on le nomme ! Oh ! tĂąchez de parler pour me dire son nom ! Croisant les bras. Avez-vous de vos jours vu rien de pareil ? Non ! Hernani. Seigneur duc⊠Don Ruy Gomez, toujours aux portraits. Seigneur ducâŠVoyez-vous ? il veut parler, l'infĂąme ! Mais, mieux encor que moi, vous lisez dans son Ăąme. Oh ! ne l'Ă©coutez pas ! C'est un fourbe ! Il prĂ©voit Que mon bras va sans doute ensanglanter mon toit, Que peut-ĂȘtre mon cĆur couve dans ses tempĂȘtes Quelque vengeance, sĆur du festin des sept tĂȘtes, Il vous dira qu'il est proscrit, il vous dira Qu'on va dire Silva comme l'on dit Lara, Et puis qu'il est mon hĂŽte, et puis qu'il est votre hĂŽte⊠Mes aĂŻeux, mes seigneurs, voyez, est-ce ma faute ? Jugez entre nous deux ! Hernani. Jugez entre nous deux !Ruy Gomez De Silva, Si jamais vers le ciel noble front sâĂ©leva, Si jamais cĆur fut grand, si jamais Ăąme haute, Câest la vĂŽtre, seigneur ! câest la tienne, ĂŽ mon hĂŽte ! Moi qui te parle ici, je suis coupable, et nâai Rien Ă dire, sinon que je suis bien damnĂ© ! Oui, jâai voulu te prendre et tâenlever ta femme ; Oui, jâai voulu souiller ton lit, oui, câest infĂąme ! Jâai du sang. Tu feras trĂšs bien de le verser, Dâessuyer ton Ă©pĂ©e, et de nây plus penser. Doña Sol. Seigneur, ce nâest pas lui ! Ne frappez que moi-mĂȘme ! Hernani. Taisez-vous, doña Sol. Car cette heure est suprĂȘme. Cette heure mâappartient. Je nâai plus quâelle. Ainsi, Laissez-moi mâexpliquer avec le duc ici. Duc, Crois aux derniers mots de ma bouche jâen jure, Je suis coupable, mais sois tranquille, â elle est pure ! C'est lĂ tout. Moi coupable, elle pure ; ta foi Pour elle, un coup d'Ă©pĂ©e ou de poignard pour moi. VoilĂ . â Puis fais jeter le cadavre Ă la porte Et laver le plancher, si tu veux, il n'importe ! Doña Sol. Ah ! moi seule ai tout fait. Car je lâaime. Don Ruy se dĂ©tourne Ă ce mot en tressaillant et fixe sur doña Sol un regard terrible. Elle se jette Ă ses genoux. Ah ! moi seule ai tout fait. Car je lâ pardon ! Je lâaime, monseigneur ! Don Ruy Gomez. Je lâaime, monseigneur !Vous lâaimez ! A Hernani. Je lâaime, monseigneur ! Vous lâaimez !Tremble donc. Bruit de trompettes au dehors. â Entre le page. Au page. Quâest ce bruit ? Le Page. Quâest ce bruit ?Câest le roi, monseigneur, en personne. Avec un gros dâarchers et son hĂ©raut qui sonne. Doña Sol. Dieu ! le roi ! Dernier coup ! Le Page, au duc. Dieu ! le roi ! Dernier coup !Il demande pourquoi La porte est close, et veut quâon ouvre. Don Ruy Gomez. La porte est close, et veut quâon au roi. Le page sâincline et sort. Doña Sol. Il est perdu ! Don Ruy Gomez va Ă lâun des tableaux, qui est son propre portrait, et le dernier Ă gauche ; il presse un ressort, le portrait sâouvre comme une porte, et laisse voir une cachette pratiquĂ©e dans le mur. Il se tourne vers Hernani. Don Ruy Gomez. Il est perdu !Monsieur, venez ici. Hernani. Il est perdu ! Monsieur, venez tĂȘte Est Ă toi, livre-la, seigneur. Je la tiens prĂȘte. Je suis ton prisonnier. Il entre dans la cachette. Don Ruy presse de nouveau le ressort, tout se referme, et le portrait revient Ă sa place. Doña Sol, au duc Je suis ton pitiĂ© pour lui ! Le Page, entrant. Son altesse le roi ! Doña Sol baisse prĂ©cipitamment son voile. La porte sâouvre Ă deux battants. Entre don Carlos en habit de guerre, suivi dâune foule de gentilshommes Ă©galement armĂ©s, de pertuisaniers, dâarquebusiers, dâarbalĂ©triers. ScĂšne VI DON RUY GOMEZ, DOĂA SOL voilĂ©e ; DON CARLOS ; SUITE. Don Carlos sâavance Ă pas lents, la main gauche sur le pommeau de son Ă©pĂ©e, la droite dans sa poitrine, et fixe sur le vieux duc un Ćil de dĂ©fiance et de colĂšre. Le duc va au-devant du roi et le salue profondĂ©ment. â Silence. â Attente et terreur Ă lâentour. Enfin, le roi, arrivĂ© en face du duc, lĂšve brusquement la tĂȘte. Don Carlos. Son altesse le roi !DâoĂč vient donc aujourdâhui, Mon cousin, que ta porte est si bien verrouillĂ©e ? Par les saints ! je croyais ta dague plus rouillĂ©e ! Et je ne savais pas quâelle eĂ»t hĂąte Ă ce point, Quand nous te venons voir, de reluire Ă ton poing ! Don Ruy Gomez veut parler, le roi poursuit avec un geste impĂ©rieux. Câest sây prendre un peu tard pour faire le jeune homme ! Avons-nous des turbans ? serait-ce quâon me nomme Boabdil ou Mahom, et non Carlos, rĂ©pond ! Pour nous baisser la herse et nous lever le pont ? Don Ruy Gomez, sâinclinant. Seigneur⊠Don Carlos, Ă ses gentilshommes. SeigneurâŠPrenez les clĂ©s ! saisissez-vous des portes ! Deux officiers sortent, plusieurs autres rangent les soldats en triple haie dans la salle, du roi Ă la grande porte. Don Carlos se tourne vers le duc. Ah ! Vous rĂ©veillez donc les rĂ©bellions mortes ? Pardieu ! Si vous prenez de ces airs avec moi, Messieurs les ducs, le roi prendra des airs de roi, Et jâirai par les monts, de mes mains aguerries, Dans leurs nids crĂ©nelĂ©s, tuer les seigneuries ! Don Ruy Gomez, se redressant. Altesse, les Silva sont loyaux⊠Don Carlos, l'interrompant. Altesse, les Silva sont loyauxâŠSans dĂ©tours RĂ©ponds, duc, ou je fais raser tes onze tours ! De lâincendie Ă©teint il reste une Ă©tincelle, Des bandits morts il reste un chef. â Qui le recĂšle ? Câest toi ! Ce Hernani, rebelle empoisonneur, Ici, dans ton chĂąteau, tu le caches ! Don Ruy Gomez. Ici, dans ton chĂąteau, tu le caches !Seigneur, Câest vrai. Don Carlos. Câest bien. Je veux sa tĂȘte, â ou bien la tienne. Entends-tu, mon cousin ? Don Ruy Gomez, s'inclinant. Entends-tu, mon cousin ?Mais quâĂ cela ne tienne ! Vous serez satisfait. Doña Sol se cache la tĂȘte dans ses mains et tombe sur un fauteuil. Don Carlos, radouci. Vous serez ! Tu tâamendes. â Va Chercher mon prisonnier. Le duc croise les bras, baisse la tĂȘte et reste quelques moments rĂȘveur. Le roi et doña Sol lâobservent en silence, et agitĂ©s dâĂ©motions contraires. Enfin le duc relĂšve son front, va au roi, lui prend la main, et le mĂšne Ă pas lents devant le plus ancien des portraits, celui qui commence la galerie Ă droite. Don Ruy Gomez, s'montrant au roi le vieux portrait. Chercher mon des Silva Câest lâaĂźnĂ©, câest lâaĂŻeul, lâancĂȘtre, le grand homme ! Don Silvius, qui fut trois fois consul de Rome. Passant au portrait suivant. Voici don Galceran de Silva, l'autre Cid ! On lui garde Ă Toro, prĂšs de Valladolid, Une chĂąsse dorĂ©e oĂč brĂ»lent mille cierges. Il affranchit LĂ©on du tribut des cent vierges. Passant Ă un autre. â Don Blas, â qui, de lui-mĂȘme et dans sa bonne foi, S'exila pour avoir mal conseillĂ© le roi. Passant Ă un autre. â Christoval. â Au combat d'Escalona, don Sanche, Le roi, fuyait Ă pied, et sur sa plume blanche Tous les coups s'acharnaient, il cria Christoval ! Christoval prit la plume et donna son cheval. A un autre. â Don Jorge, qui paya la rançon de Ramire, Roi d'Aragon. Don Carlos, croisant les bras et le regardant de la tĂȘte aux pieds. Roi d' don Ruy, je vous admire ! Continuez. Don Ruy Gomez, passant Ă un autre. Ruy Gomez De Silva, Grand-maĂźtre de Saint-Jacque et de Calatrava. Son armure gĂ©ante irait mal Ă nos tailles. Il prit trois cents drapeaux, gagna trente batailles, Conquit au roi Motril, Antequera, Suez, Nijar, et mourut pauvre. Altesse, saluez. Il sâincline, se dĂ©couvre et passe Ă un autre. Le roi lâĂ©coute avec une impatience et une colĂšre toujours croissantes. PrĂšs de lui, Gil son fils, cher aux Ăąmes loyales. Sa main pour un serment valait les mains royales. A un autre. â Don Gaspar, de Mendoce et de Silva lâhonneur ! Toute noble maison tient Ă Silva, seigneur. Sandoval tour Ă tour nous craint ou nous Ă©pouse. Manrique nous envie et Lara nous jalouse. Alencastre nous hait. Nous touchons Ă la fois Du pied Ă tous les ducs, du front Ă tous les rois ! Don Carlos. Vous raillez-vous ? Don Ruy Gomez, allant Ă d'autres portraits. Vous raillez-vous ?VoilĂ don Vasquez, dit le Sage, Don Jayme, dit le Fort. Un jour, sur son passage, Il arrĂȘta Zamet et cent maures tout seul. â J'en passe, et des meilleurs. â Sur un geste de colĂšre du roi, il passe un grand nombre de tableaux, et vient tout de suite aux trois derniers portraits Ă gauche du spectateur. â J'en passe, et des meilleurs. âVoici mon noble aĂŻeul. Il vĂ©cut soixante ans, gardant la foi jurĂ©e, MĂȘme aux juifs. A l'avant-dernier. MĂȘme aux vieillard, cette tĂȘte sacrĂ©e, Câest mon pĂšre. Il fut grand, quoiquâil vĂźnt le dernier. Les maures de Grenade avaient fait prisonnier Le comte Alvar Giron son ami. Mais mon pĂšre Prit pour lâaller chercher six cents hommes de guerre, Il fit tailler en pierre un comte Alvar Giron, QuâĂ sa suite il traĂźna, jurant par son patron De ne point reculer que le comte de pierre Ne tournĂąt front lui-mĂȘme et nâallĂąt en arriĂšre. Il combattit, puis vint au comte, et le sauva. Don Carlos. Mon prisonnier ! Don Ruy Gomez Mon prisonnier !CâĂ©tait un Gomez De Silva. VoilĂ donc ce quâon dit, quand dans cette demeure On voit tous ces hĂ©ros⊠Don Carlos. On voit tous ces hĂ©rosâŠMon prisonnier, sur lâheure ! Il sâincline profondĂ©ment devant le roi, lui prend la main et le mĂšne devant le dernier portrait, celui qui sert de porte Ă la cachette oĂč il a fait entrer Hernani. Doña Sol le suit des yeux avec anxiĂ©tĂ©. âAttente et silence dans l'assistance. Ce portrait, câest le mien. â Roi don Carlos, merci ! Car vous voulez quâon dise en le voyant ici Ce dernier, digne fils dâune race si haute, Fut un traĂźtre, et vendit la tĂȘte de son hĂŽte ! » Joie de doña Sol. Mouvement de stupeur dans les assistants. Le roi, dĂ©concertĂ©, sâĂ©loigne avec colĂšre, et reste quelques instants silencieux, les lĂšvres tremblantes et lâĆil enflammĂ©. Don Carlos. Duc, ton chĂąteau me gĂȘne, et je le mettrai bas ! Don Ruy Gomez. Car, vous me la paĂźriez, altesse, nâest-ce pas ? Don Carlos. Duc, jâen ferai raser les tours pour tant dâaudace, Et je ferai semer du chanvre sur la place. Don Ruy Gomez. Mieux voir croĂźtre du chanvre oĂč ma tour sâĂ©leva, Quâune tache ronger le vieux nom de Silva. Aux portraits. Nâest-il pas vrai, vous tous ? Don Carlos. Nâest-il pas vrai, vous tous ?Duc, cette tĂȘte est nĂŽtre, Et tu mâavais promis⊠Don Ruy Gomez. Et tu mâavais promisâŠJâai promis lâune ou lâautre. Aux portraits. N'est-il pas vrai, vous tous ? Montrant sa tĂȘte. N'est-il pas vrai, vous tous?Je donne celle-ci. Au roi. Prenez-la. Don Carlos. fort bien. Mais j'y perds, grand merci ! La tĂȘte qu'il me faut est jeune, il faut que morte On la prenne aux cheveux ? La tienne ! que m'importe ? Le bourreau la prendrait par les cheveux en vain. Tu n'en a pas assez pour lui remplir les mains. Don Ruy Gomez. Altesse, pas d'affront ! ma tĂȘte encore est belle, Et vaut bien, que je crois, la tĂȘte d'un rebelle. La tĂȘte d'un Silva, vous ĂȘtes dĂ©goĂ»tĂ© ! Don Carlos. Livre-nous Hernani ! Don Ruy Gomez. Livre-nous Hernani !Seigneur, en vĂ©ritĂ©, Jâai dit. Don Carlos, Ă sa suite. Jâai partout ! Et quâil ne soit point dâaile, De cave, ni de tour⊠Don Ruy Gomez. De cave, ni de tourâŠMon donjon est fidĂšle Comme moi. Seul il sait le secret avec moi. Nous le garderons bien tous deux. Don Carlos. Nous le garderons bien tous suis le roi. Don Ruy Gomez. Hors que de mon chĂąteau dĂ©moli pierre Ă pierre, On ne fasse ma tombe, on nâaura rien ! Don Carlos. On ne fasse ma tombe, on nâaura rien !PriĂšre, Menace, tout est vain ! â Livre-moi le bandit, Duc ! ou tĂȘte et chĂąteau, jâabattrai tout. Don Ruy Gomez. Duc ! ou tĂȘte et chĂąteau, jâabattrai dit. Don Carlos. HĂ© bien donc, au lieu dâune, alors jâaurai deux tĂȘtes. Au duc d'Alcala. Jorge, arrĂȘtez le duc. Doña Sol, arrachant son voile et se jetant entre le roi, le duc et les gardes. Jorge, arrĂȘtez le don Carlos, vous ĂȘtes Un mauvais roi ! Don Carlos. Un mauvais roi !Grand dieu ! Que vois-je ? doña Sol ! Doña Sol. Altesse, tu nâas pas le cĆur dâun espagnol ! Don Carlos, troublĂ©. Madame, pour le roi, vous ĂȘtes bien sĂ©vĂšre. Il s'approche de doña Sol. Bas. Câest vous qui mâavez mis au cĆur cette colĂšre. Un homme devient ange ou monstre en vous touchant. Ah ! Quand on est haĂŻ, que vite on est mĂ©chant ! Si vous aviez voulu, peut-ĂȘtre, ĂŽ jeune fille, JâĂ©tais grand, jâeusse Ă©tĂ© le lion de Castille ! Vous mâen faites le tigre avec votre courroux. Le voilĂ qui rugit, madame, taisez-vous ! Doña Sol lui jette un regard. Il sâincline. Pourtant, jâobĂ©irai. Se tournant vers le duc. Pourtant, jâ cousin, je tâestime. Ton scrupule aprĂšs tout peut sembler lĂ©gitime. Sois fidĂšle Ă ton hĂŽte, infidĂšle Ă ton roi, Câest bien, je te fais grĂące et suis meilleur que toi. â JâemmĂšne seulement ta niĂšce comme otage. Don Ruy Gomez. Seulement ! Doña Sol, interdite. Seulement !Moi ! Seigneur ! Don Carlos. Seulement ! Moi ! Seigneur !Oui, vous. Don Ruy Gomez. Seulement ! Moi ! Seigneur ! Oui, davantage ! Oh ! La grande clĂ©mence ! ĂŽ gĂ©nĂ©reux vainqueur, Qui mĂ©nage la tĂȘte et torture le cĆur ! Belle grĂące ! Don Carlos. Belle grĂące !Choisis. Doña Sol, ou le traĂźtre. Il me faut lâun des deux. Don Ruy Gomez. Il me faut lâun des ! Vous ĂȘtes le maĂźtre ! Le roi sâapproche de doña Sol pour l'emmener. Elle se rĂ©fugie vers Don Ruy Gomez. Doña Sol. Sauvez-moi, monseigneur ! Elle sâarrĂȘte. â A part. Sauvez-moi, monseigneur !Malheureuse, il le faut ! La tĂȘte de mon oncle ou lâautre !⊠moi plutĂŽt ! Au roi. Je vous suis. Don Carlos, Ă part. Je vous les saints ! LâidĂ©e est triomphante ! Il faudra bien enfin sâadoucir, mon infante ! Doña Sol va d'un pas grave et assurĂ© au coffret qui renferme l'Ă©crin, lâouvre, et y prend le poignard, quâelle cache dans son sein. Don Carlos vient Ă elle, et lui prĂ©sente la main. Don Carlos, Ă doña Sol. Quâemportez-vous lĂ ? Doña Sol. Quâemportez-vous lĂ ?Rien. Don Carlos. Quâemportez-vous lĂ ? Rien. Un joyau prĂ©cieux ? Doña Sol. Oui. Don Carlos, souriant. ! Doña Sol. Oui. Voyons !Vous verrez. Elle lui donne la main et se dispose Ă le suivre. Don Ruy Gomez, qui est restĂ© immobile et profondĂ©ment absorbĂ© dans sa pensĂ©e, se retourne et fait quelques pas en criant. Don Ruy Gomez. Oui. Voyons ! Vous Sol ! â terre et cieux ! Doña Sol ! â Puisque lâhomme ici nâa point dâentrailles, A mon aide ! croulez, armures et murailles ! Il court au roi. Laisse-moi mon enfant ! je nâai quâelle, ĂŽ mon roi ! Don Carlos, lĂąchant la main de doña Sol. Alors, mon prisonnier ! Le duc baisse la tĂȘte et semble en proie Ă une horrible hĂ©sitation ; puis il se relĂšve et regarde les portraits en joignant les mains vers eux. Don Ruy Gomez. Alors, mon prisonnier !Ayez pitiĂ© de moi, Vous tous ! Il fait un pas vers la cachette ; doña Sol le suit des yeux avec anxiĂ©tĂ©. Il se retourne vers les portraits. Vous tous !Oh ! voilez-vous ! votre regard mâarrĂȘte. Il sâavance en chancelant jusqu'Ă son portrait, puis se retourne encore vers le roi. Tu le veux ? Don Carlos. Tu le veux ?Oui. Le duc lĂšve en tremblant la main vers le ressort. Doña Sol. Tu le veux ? ! Don Ruy Gomez. Tu le veux ? Oui. Dieu !Non ! Il se jette aux genoux du roi. Tu le veux ? Oui. Dieu ! Non !Par pitiĂ©, prends ma tĂȘte ! Don Carlos. Ta niĂšce ! Don Ruy Gomez, se relevant. Ta niĂšce !Prends-la donc, et laisse-moi lâhonneur ! Don Carlos, saisissant la main de doña Sol tremblante. Adieu, duc ! Don Ruy Gomez. Adieu, duc !Au revoir ! Il suit de lâĆil le roi, qui se retire lentement avec doña Sol ; puis il met la main sur son poignard. Adieu, duc ! Au revoir !Dieu vous garde, seigneur ! Il revient sur le devant, haletant, immobile, sans plus rien voir ni entendre, lâĆil fixe, les bras croisĂ©s sur la poitrine, qui les soulĂšve comme par des mouvements convulsifs. Cependant le roi sort avec doña Sol, et toute la suite des seigneurs sort aprĂšs lui, deux Ă deux, gravement et chacun Ă son rang. Ils se parlent Ă voix basse entre eux. Don Ruy Gomez, Ă part. Roi, pendant que tu sors joyeux de ma demeure, Ma vieille loyautĂ© sort de mon cĆur qui pleure. Il lĂšve les yeux, les promĂšne autour de lui, et voit quâil est seul. Il court Ă la muraille, dĂ©tache deux Ă©pĂ©es dâune panoplie, les mesure toutes deux, et les dĂ©pose sur une table. Cela fait, il va au portrait, pousse le ressort, la porte cachĂ©e se rouvre. ScĂšne VII DON RUY GOMEZ, HERNANI. Don Ruy Gomez. Sors. Hernani paraĂźt Ă la porte de la cachette. Don Ruy lui montre les deux Ă©pĂ©es sur la table. Don Carlos est hors de la maison, Il sâagit maintenant de me rendre raison. Choisis, et faisons vite. â Allons donc, ta main tremble ! Hernani. Un duel ! Nous ne pouvons, vieillard, combattre ensemble. Don Ruy Gomez. Pourquoi donc ? As-tu peur ? Nâes-tu point noble ? Enfer ! Noble ou non, pour croiser le fer avec le fer, Tout homme qui mâoutrage est assez gentilhomme. Hernani. Vieillard⊠Don Ruy Gomez. VieillardâŠViens me tuer ou viens mourir, jeune homme. Hernani. Mourir, oui. Vous mâavez sauvĂ© malgrĂ© mes vĆux. Donc, ma vie est Ă vous. Reprenez-la. Don Ruy Gomez. Donc, ma vie est Ă vous. veux ? Aux portraits. Vous voyez ce qu'il veut. A Hernani. Vous voyez ce qu'il bon fais ta priĂšre. Hernani. Oh ! c'est Ă toi, seigneur, que je fais la derniĂšre. Don Ruy Gomez. Parle Ă l'autre Seigneur. Hernani. Parle Ă l'autre non, Ă toi ! Vieillard, Frappe-moi. Tout mâest bon, dague, Ă©pĂ©e ou poignard ! Mais fais-moi, par pitiĂ©, cette suprĂȘme joie ! Duc ! Avant de mourir, permets que je la voie ! Don Ruy Gomez. La voir ! Hernani. La voir !Au moins permets que jâentende sa voix, Une derniĂšre fois ! Rien quâune seule fois ! Don Ruy Gomez. Lâentendre ! Hernani. Lâentendre !Oh ! je comprends, seigneur, ta jalousie. Mais dĂ©jĂ par la mort ma jeunesse est saisie. Pardonne-moi. Veux-tu, dis-moi, que, sans la voir, Sâil le faut, je lâentende ? et je mourrai ce soir. Lâentendre seulement ! contente mon envie ! Mais, oh ! quâavec douceur jâexhalerais ma vie, Si tu daignais vouloir quâavant de fuir aux cieux Mon Ăąme allĂąt revoir la sienne dans ses yeux ! â Je ne lui dirai rien. Tu seras lĂ , mon pĂšre. Tu me prendras aprĂšs. Don Ruy Gomez, montrant la cachette encore ouverte. Tu me prendras du ciel ! ce repaire Est-il donc si profond, si sourd et si perdu, Quâil nâait entendu rien ? Hernani. Quâil nâait entendu rien ?Je nâai rien entendu. Don Ruy Gomez. Il a fallu livrer doña Sol, ou toi-mĂȘme. Hernani. A qui, livrĂ©e ? Don Ruy Gomez. A qui, livrĂ©e ?Au roi. Hernani. A qui, livrĂ©e ? Au stupide ! Il lâaime ! Don Ruy Gomez. Il lâaime ! Hernani. Il l'aime !Il nous lâenlĂšve ! Il est notre rival. Don Ruy Gomez. Ă malĂ©diction ! â Mes vassaux ! A cheval ! A cheval ! Poursuivons le ravisseur ! Hernani. A cheval ! Poursuivons le ravisseur !Ăcoute. La vengeance au pied sĂ»r fait moins de bruit en route. Je tâ peux me tuer. Mais veux-tu Mâemployer Ă venger ta niĂšce et sa vertu ? Ma part dans ta vengeance ! oh ! fais-moi cette grĂące, Et, sâil faut embrasser tes pieds, je les embrasse ! Suivons le roi tous deux. Viens, je serai ton bras, Je te vengerai, duc. AprĂšs, tu me tueras. Don Ruy Gomez. Alors, comme aujourdâhui, te laisseras-tu faire ? Hernani. Oui, duc. Don Ruy Gomez. Oui, duc. Qu'en jures-tu ? Hernani. Oui, duc. Qu'en jures-tu ?La tĂȘte de mon pĂšre. Don Ruy Gomez. Voudras-tu de toi-mĂȘme un jour tâen souvenir ? Hernani., lui prĂ©sentant le cor quâil dĂ©tache de sa ceinture. Ăcoute, prends ce cor. â Quoi quâil puisse advenir, Quand tu voudras, seigneur, quel que soit le lieu, lâheure, Sâil te passe Ă lâesprit quâil est temps que je meure, Viens, sonne de ce cor, et ne prends dâautres soins. Tout sera fait. Don Ruy Gomez., lui tendant la main. Tout sera main ? Ils se serrent la main. â Aux portraits. Tout sera fait. Ta main ?Vous tous, soyez tĂ©moins !
Je suis en métal lorsqu'on me fait sonner, et en chocolat lorsqu'on me mange. Qui suis-je? Solutions de mots croisés Mots-Fléchés Vous cherchez des solutions aux mots croisés ? Voici les solutions pour vous ! Nous avons trouvé 2 réponse à la question "Je suis en métal lorsqu'on me fait sonner, et en chocolat lorsqu'on me mange. Qui suis-je?".
Univhair Soleil, cela vous dit quelque chose ? Si vous lâignorez, Univhair Soleil est lâune des chaĂźnes Youtube actives depuis 2015 et suivies par plus de 27 milles personnes. Du 1er juillet au 1er aoĂ»t 2017, une campagne avait Ă©tĂ© lancĂ©e par la chaĂźne pour mettre en avant les cheveux crĂ©pus et leur diversitĂ©. DerriĂšre cet empire capillaire se cache Audrey, une jeune femme pleine de vie. PassionnĂ©e, elle nous explique son parcours en quelques mots et nous transporte dans son univers. Jâessaie dâapporter quelque chose de positif Ă la sociĂ©tĂ©. Mes vidĂ©os continueront dâaider les gens Ă travers le Monde ! » RTM Bonjour Audrey ! Pour commencer, peux-tu te prĂ©senter Ă nos lecteurs ? Audrey Salut RTM. Tout dâabord, je suis une Ă©tudiante en Master de chimie. Je suis nĂ©e Ă Paris, en France mais jâai grandi en Guadeloupe oĂč je suis restĂ©e jusquâĂ ma premiĂšre annĂ©e de prĂ©pa. AprĂšs avoir obtenu ma licence en Biologie-Chimie en France, je suis partie en SuĂšde pour poursuivre en Master car dâune part, je voulais depuis toujours avoir un parcours international et dĂ©couvrir dâautres cultures, et dâautre part je voulais changer de contexte Ă©ducatif le systĂšme français est trĂšs contraignant pour moi, et la SuĂšde est rĂ©putĂ©e pour la qualitĂ© de son enseignement. Jâai enfin pu rĂ©aliser mon rĂȘve dâĂ©tudier Ă lâĂ©tranger malgrĂ© les Ă©normes difficultĂ©s rencontrĂ©es sur le parcours. Durant mon temps libre », jâaime beaucoup lire, Ă©crire, regarder des Mangas, des vidĂ©os Youtube et danser. Je crĂ©e aussi des vidĂ©os sur Youtube en français et en anglais. Je prends beaucoup de temps pour prĂ©parer mes vidĂ©os Ă©criture, prĂ©paration du matĂ©riel et de mon apparence en vidĂ©o, tournage de la vidĂ©o, Ă©dition de la vidĂ©o et de la miniature, publication... Jâai aussi commencĂ© lâathlĂ©tisme afin de plus me dĂ©penser et me dĂ©passer ! RTM Cela fait dĂ©jĂ un petit bout de temps que tu as créé ta chaĂźne et ta page Facebook. Quand et comment tâes-tu lancĂ©e dans cette aventure ? Audrey Jâai créé ma chaĂźne Youtube que jâai nommĂ© UnivHair Soleil le 13 juillet 2015 et publiĂ© ma premiĂšre vidĂ©o le 14 juillet 2015. Jâai eu lâidĂ©e de crĂ©er ma chaĂźne Youtube en 2014 Ă force de devoir rĂ©pondre aux mĂȘmes questions concernant lâentretien de mes cheveux. Je voulais apporter ma pierre Ă lâĂ©difice concernant tous les sujets liĂ©s aux cheveux entretien, produits cosmĂ©tiques, histoire, science. Jâai dâabord fait plusieurs vidĂ©os Ă lâaide de mon appareil photo bas de gamme et la webcam de mon ordinateur afin de mâentraĂźner un peu et voir comment je me dĂ©brouillais. Jâai Ă©tĂ© encouragĂ©e par des amies et des personnes faisant partie du groupe Facebook Ca Pousse Ou Ca Casse CPOCC » mais je pensais peut-ĂȘtre faire un blog au lieu dâune chaĂźne Youtube. Jâai hĂ©sitĂ© pendant un peu plus dâun an avant dâopter pour la plateforme Youtube et publier ma toute premiĂšre vidĂ©o publique. Dans cette vidĂ©o, je rĂ©pondais Ă une question posĂ©e par plusieurs membres du groupe CPOCC Comment dĂ©mĂȘler ses cheveux crĂ©pus en Ă©vitant la casse ? ». Jâavais trĂšs peur avant et aprĂšs avoir publiĂ© ma premiĂšre vidĂ©o mais câĂ©tait une bonne peur » Ă vrai dire vous voyez cette peur mĂȘlĂ©e Ă lâexcitation qui sont lĂ parce que vous faites quelque chose de trĂšs nouveau et que vous ne savez pas trop ce que ça va donner ? CâĂ©tait cela. Finalement, cela sâest trĂšs bien passĂ©. Jâai eu que des retours positifs. Ceci mâa encouragĂ© Ă continuer les vidĂ©os. Jâai créé ma Page Facebook en Janvier 2017 afin de partager des conseils, des photos et des petites vidĂ©os supplĂ©mentaires. Mon but est dâĂȘtre plus prĂ©sente sur les rĂ©seaux sociaux afin de promouvoir ce que je fais et inspirer un maximum de personnes. DâoĂč la crĂ©ation non seulement de ma Page Facebook UnivHair Soleil mais aussi de mes comptes Instagram Snapchat et Twitter UnivHairSoleil. Jâai aussi créé ma chaĂźne Youtube anglophone que jâai nommĂ© tout simplement UnivHair Soleil English. RTM Quâest-ce que cela tâapporte dâĂȘtre une Youtubeuse ? Audrey Jâessaie dâapporter quelque chose de positif Ă la sociĂ©tĂ©. Je me dis que mĂȘme si je meurs demain, mes vidĂ©os continueront dâaider les gens Ă travers le monde et je trouve ça fascinant ! Youtube permet dâatteindre un grand nombre de personnes partout dans le monde. Cela mâaide aussi Ă amĂ©liorer mon Ă©locution, ça mâapporte des compĂ©tences supplĂ©mentaires en ce qui concerne la production audio-visuelle, le marketing, le web et le numĂ©rique. Et de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, cela mâaide Ă avoir confiance en moi. Je tiens aussi Ă dire que les personnes qui me suivent mâaident beaucoup dans les moments difficiles, je tiens beaucoup plus facilement surtout quand jâai le soutien de mes abonnĂ©s. Câest vraiment incroyable de recevoir autant dâamour et de positivitĂ© de la part de personnes quâon ne connaĂźt mĂȘme pas ! JâespĂšre pouvoir rencontrer toutes ces belles personnes lors dâĂ©vĂšnements Ă venir, et les remplir de cadeaux si jâen ai lâopportunitĂ© ! Jâai pu aussi faire de trĂšs belles rencontres et je peux collaborer avec des marques et des artistes. RTM/ Actuellement, tu es suivie par plus de 27K dâabonnĂ©s, quâest-ce que cela tâinspire-t-il ? Comment vois-tu lâavenir ? Audrey Cela me montre que mes vidĂ©os plaisent Ă beaucoup de personnes, câest trĂšs satisfaisant pour moi. Je veux partager mon Ă©volution pour quâelle contribue aux autres et si possible Ă un monde meilleur. Pour ce qui est de lâavenir, câest difficile de rĂ©pondre Ă cette question, parce que jâaimerais faire beaucoup de choses. Jâai des idĂ©es en tĂȘte, mais disons que je souhaiterais en prioritĂ© aller simplement vers ce qui me permettra de mâĂ©panouir et ĂȘtre heureuse, et que je me laisse un peu de temps pour choisir ce qui mâapportera veux avoir un mĂ©tier qui me passionne et pour lâinstant jâexplore autant de choses que je peux ! Ce sont les expĂ©riences qui mâaident Ă avancer. RTM/ Que voudrais-tu dire Ă ces personnes qui te suivent et qui dĂ©sirent crĂ©er leur propres chaĂźnes YouTube ? Je souhaite tout dâabord les remercier pour leur soutien et jâespĂšre que ça continuera. Si vous voulez crĂ©er votre propre chaĂźne Youtube, il suffit de se lancer sans cogiter ! Juste se lancer ! Vous apprendrez beaucoup de choses au fur et Ă mesure que vous avancez. Câest une trĂšs belle aventure mĂȘme sâil y a parfois des moments difficiles. RTM/ Si je dis le mot Vegan », que me diras-tu ? Est-ce important selon toi dâassocier le VĂ©ganisme Ă la SantĂ© capillaire ? Le VĂ©ganisme est un mode de vie qui, selon moi, vise Ă plus de respect des animaux, de lâenvironnement et de lâhumain. Une personne vĂ©gane Ă©vite la consommation de produits issus de lâexploitation animale et de la cruautĂ© envers les animaux nourriture, vĂȘtements, cosmĂ©tiquesâŠ. Je ne me considĂšre pas vĂ©gane mĂȘme si mon mode de vie sâen rapproche. Je dirais que je suis plutĂŽt vĂ©gĂ©talienne Ă tendance vĂ©gane. Le vĂ©ganisme mâa beaucoup appris sur la libertĂ©. Je me suis rendue compte que lorsquâon fait des choix qui ne rentrent pas dans la norme, on ressent une pression sociale Ă©norme ! Quand on fait comme tout le monde, on se croit libre mais quand on fait un choix de vie trĂšs diffĂ©rent des autres, on nâest pas libre. De mon expĂ©rience personnel, je trouve beaucoup plus facile dâĂȘtre vĂ©gane en SuĂšde car le respect de la libertĂ© individuelle fait partie de la mentalitĂ© de la plupart des gens lĂ -bas, et la sociĂ©tĂ© suĂ©doise est plus ouverte et propose plus dâoptions pour que chacun puisse assumer son mode de vie. Par contre, en France ce nâest pas pareil mais ça viendra sĂ»rement un jour. Lâalimentation joue un rĂŽle crucial dans la santĂ© capillaire ! De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il vaut mieux avoir une hygiĂšne de vie saine afin dâavoir des cheveux qui poussent plus vite et plus forts. Un cheveu sain commence de lâintĂ©rieur ! Le vĂ©ganisme va au-delĂ de lâalimentation comme je lâai indiquĂ© plus haut mais si lâon se base que sur lâalimentation, les vĂ©ganes, vĂ©gĂ©taliens et vĂ©gĂ©tariens qui gardent un rĂ©gime alimentaire Ă©quilibrĂ©, auront tendance Ă avoir des cheveux plus sains et forts. Je veux que les cheveux crĂ©pus soient considĂ©rĂ©s comme des cheveux normaux » RTM/ Et donc, quâest-ce que tu voudrais apporter au Monde capillaire » ? Je voudrais que tout le monde se rĂ©concilie avec sa nature de cheveu. Que les gens sâaiment tels quâils sont, peu importe le regard des autres. Je veux aussi contribuer Ă faire Ă©voluer ces regards. Les cheveux crĂ©pus sont souvent dĂ©valorisĂ©s ou pas assez valorisĂ©s, je veux que ça change et quâil y ait beaucoup plus de diversitĂ© dans le monde capillaire. Je veux que les cheveux crĂ©pus soient considĂ©rĂ©s comme des cheveux normaux et pas comme des cheveux Ă problĂšmes comme lâaffirme souvent certaines marques de cosmĂ©tiques, les mĂ©dias et la sociĂ©tĂ© de maniĂšre gĂ©nĂ©rale. RTM/ Univhair Soleil, ce nom me souffle trois mots Ă lâoreille Univers, grandeur et positivitĂ©. Quâen penses-tu ? Oui, jâavais ça Ă lâidĂ©e ! Je voulais un pseudo qui inspire la force, lâimmensitĂ©, lâĂ©nergie. Quelque chose dâinfini. Le soleil est source dâĂ©nergie et permet la vie. Cela me rappelle la Guadeloupe, le cĂŽtĂ© chaleureux, vivant. Jâaime beaucoup le soleil et nous en avons tous besoin ! Et dâailleurs, il permet la synthĂšse de la vitamine D dans notre corps et contribue Ă la pousse de cheveux sains. RTM / Finalement, quâest-ce qui ferait de toi Une Reine des Temps Modernes ? RĂ©ussir ce que jâentreprends, ĂȘtre Ă©panouie dedans et pouvoir le partager.
Cela fait plus d'une semaine que Lucas a Ă©tait arrĂȘter et mis en prison, Dan et ces avocats font tout pour le sortir de lĂ . Quand a Peyton, elle ne savait pas quoi faire pour lui, mais elle Ă©tait dĂ©cidĂ©e a dire a tout le monde quel genre d'homme et Peyton Scott a l'appareilJournaliste Mme ScottPeyton Je vous appelle car je suis prĂȘte Ă rĂ©pondre Ă vos questionsJournaliste Vos avocats nous ont dit de ne pas vous approcherPeyton Mets avocat non-rien avoir alors si vous vouliez votre interview ces le moment ou jamaisJournaliste D'accord Mme Scott ou et quandPeyton Dans vos bureaux demain matin a 10 heuresJournaliste Je vous entendrai avec impatience, l'interviewe peut-il ĂȘtre filmĂ©Peyton Oui, a demainLe lendemain matin a 10 piles Peyton arrive dans les bureaux du journaliste afin de tout dĂ©baller de ce que Jake a fait Ă elle et a sa Mme Scott, je vous en pris entrerPeyton MerciJournaliste Asseye vousPeyton Ne tournons pas autour du pot et posez vos questions et j'y rĂ©pondraiJournaliste Vos avocats ne viendront pas me coller un procĂšsPeyton Non vous avez ma paroleJournaliste D'accord, la camera ne dĂ©range pasPeyton Non, allez y je vous Ă©couteJournaliste Alors ĂȘtes-vous toujours amoureuse de votre mariPeyton Oui, et pour rĂ©pondre Ă la prochaine question non je n'ai jamais Ă©tĂ© amoureuse de JakeJournaliste Avez-vous approuvĂ© le dĂ©part de votre mariPeyton Approuver non pas exactement mais je l'ai compris, le faĂźte que ce jeune homme meurt dans ces bras a Ă©tĂ© trĂšs difficile Ă vivre pour lui, ça a Ă©tĂ© l'Ă©preuve de trop et il avait besoin d'aideJournaliste Vous auriez pu l'aider vousPeyton C'est ce que j'ai faits mais il avait besoin d'aide d'une personne qui n'Ă©tait pas liĂ©e Ă luiJournaliste Regretter vous d'avoir trompĂ© votre mariPeyton Oui chaque jour que dieu fait je regretteraiJournaliste Pouvez-vous nous dire ce qui vous est arrivĂ©Peyton Ă propos de quoiJournaliste Des bleus que vous avez sur le corpsPeyton Pour ça il faut remercier Jake, il n'a pas supportĂ© que je lui dise que j'aimais mon mari et non luiJournaliste Il vous battuPeyton Oui cela rĂ©vĂšle Ă quel point ces un homme charmantJournaliste Qu'a fait votre mariPeyton Il est allĂ© le trouver et il son battu, et Jake a convaincu une fille par je ne sais quel chantage de dire que mon mari l'a violĂ©Journaliste Ou se trouve votre mariPeyton En prison, pendant qu'un innocent se trouve en prison un coupable et en libertĂ©Journaliste Quelque mot pour les lecteurs Mme ScottPeyton Ce que je leur dirais c'est de toujours Ă©couter leur cœur et jamais leur tĂȘte car le cœur ces beaucoup plus de choses que la tĂȘte et si vous me permettez je voudrais dire Ă mon mari que je l'aime de tout mon cœur et que jamais je ne cesserais de l'aimais ou de le soutenir qu'importe ce que Jake ou qui que ce soit d'autre puisse inventer pour le nuire, car Lucas et homme bien droit et intĂšgre un homme bien Ă©lever un homme aimant alors jamais je ne cesserai d'avoir confiance en luiLe lendemain de cette interview Peyton a eu un droit de parloir avec Lucas, elle se trouve dans une salle Ă attendre l'arrivĂ©e de Lucas et elle est trĂšs pressĂ©e de le voir en entrant dans la salle SalutPeyton en courant dans ses bras Oh qu'est-ce que tu me manquesLucas Tu me manques aussi ma puceGardien SĂ©parez-vous tout de suiteLucas Asie toiPeyton en gardant sa main dans la sienne Comment tu vasLucas Ăa va les journĂ©es sont longue mais ça va et toiPeyton Je tiens le coupLucas Le bĂ©bĂ©Peyton Il va bien aussiLucas JamiePeyton Sont papa lui manque mais il tient le coupLucas D'accordPeyton Il aimerait tellement te voirLucas Moi aussiPeyton Il est ici Ă vrai dire mais je ne savais pas si tu voulais le voirLucas Si stpPeyton Svp gardienGardien Entre petitsJamie en courant dans ses bras PapaLucas en le serrant Oh mon champion, qu'est-ce que tu m'a manquerJamie en pleurant Tu me manques aussi papaLucas Oh ne pleure pas championJamie Je veux que tu rentres Ă la maisonLucas Je sais moi aussiPeyton Jamie, on en a parlĂ© avant de venirJamie Oui je saisLucas ChampionJamie en lui donnant une photo Je tais ramener çaLucas sourire Magnifique photoJamie Tu aimesLucas Oui elle est magnifiqueJamie Tu peux la garder heinLucas Oui elle ne me quittera pasJamie D'accordLucas Aller raconte, moi, maintenantJamie lui raconte tout ce qu'il a fait depuis qu'il est ici, il lui parle aussi de Nathan, Haley, Brooke, Julian et de Dan qui ne lĂąche rien pour le faire Les visites sont terminĂ©esLucas Tu veilles bien sur maman d'accordJamie PromisLucas Je t'aimeJamie Je t'aime aussi papaPeyton en allant dans ses bras Je n'ai pas envie de partirLucas Je n'ai pas envie que tu partes non plusPeyton en l'embrassant Je t'aimeLucas Je t'aime aussi, soie forte pour moi d'accordPeyton en laissant ses larmes coulĂ©es PromisLucas en les essuyant Ai toujours confiance en moiPeyton Promis aussiLucas File maintenantPeyton Tu fais attention d'accordLucas D'accordJamie et Peyton quittent la prison le cœur lourd de devoir laisser Lucas ici tout seul leurs brise le cœur. Posted on Monday, 05 January 2015 at 122 PMEdited on Saturday, 28 May 2016 at 544 PM
L'histoire que je vais vous raconter n'est pas une belle histoire, mais c'est celle de ma vie ». Ainsi s'ouvre le livre-confession de Claude Chossat. Comme son nom ne l'indique pas, Chossat, 40 ans, est corse. Il eut son rond de serviette et son flingue au sein de la mythique Brise de mer. De cette double appartenance naĂźt un tĂ©moignage incandescent, oĂč la mort se dĂ©crĂšte d'un battement de cils. Et pourtant nous sommes en France, au XXIe siĂšcle et non dans la Sicile des annĂ©es 1990. Chossat fut chauffeur et garde du corps du parrain Francis Mariani. L'ombre de son ombre. S'il a tant vu, tant entendu, c'est qu'il faisait partie du paysage, comme les montagnes. On devrait parfois prĂȘter plus d'attention aux pierres...En 2009, dans un soupirail d'un commissariat marseillais le bien nommĂ© EvĂ©chĂ©, Claude Chossat va Ă confesse. Il dĂ©cide de parler au milieu des muets et des morts » selon son expression, malgrĂ© le dicton Acqua in bocca », littĂ©ralement de l'eau dans la bouche », trĂšs prisĂ© du milieu pour inviter au silence. Depuis, ses dĂ©positions fracassantes Ă©clairent les enquĂȘtes d'un jour nouveau et l' inside man », l'homme de l'intĂ©rieur, rĂ©ussit l'exploit de coaliser ses ex-amis et ses anciens ennemis, soudĂ©s dans la haine de son nom. Saint Chossat! » ironisent-ils, mettant en doute sa sincĂ©ritĂ©. Bien sĂ»r, l'auteur n'a rien d'un enfant de choeur. Son ADN a Ă©tĂ© retrouvĂ© sur une douille dans une affaire d'assassinat il est renvoyĂ© pour association de malfaiteurs, et un pistolet â dont les juges soupçonnent qu'il lui a appartenu â a Ă©tĂ© dĂ©couvert dans le hangar du boss soufflĂ© dans une explosion. L'Ă©tĂ© dernier, Chossat a Ă©tĂ© condamnĂ© pour une vieille affaire d'abus de biens sociaux, condamnation dont il a fait appel. Il reste mis en examen pour l'assassinat de Richard Casanova, le Roi Richard, en 2008. Meurtre pour lequel il ne cesse de clamer son innocence, imputant la paternitĂ© Ă feu Francis Ă©change de ses dĂ©clarations, Chossat a gagnĂ© une libertĂ© surveillĂ©e, mais pas l'impunitĂ©. Il survit dans l'attente des Ă©chĂ©ances judiciaires. Sous sa vĂ©ritable identitĂ©. L'Etat lui a refusĂ© le statut de collaborateur de justice », autrement dit de repenti ». Ce livre c'est le rĂ©cit d'une trahison judiciaire », pour Delphine Calmettes, l'avocate qui le dĂ©fend depuis le dĂ©but. Lorsqu'on vous la donne Ă lire, cette existence-lĂ donne le frisson. Repenti, un ancien de la Brise de mer raconte », par Claude Chossat Fayard. Parution le 20 septembre. La peur se gĂšre»Claude Chossat, ex de la Brise de merVous ĂȘtes sans doute l'homme le plus traquĂ© de France. Comment vivez-vous aujourd'hui ?Claude Chossat. Ma vie et celle des membres de ma famille, je la tiens entre mes mains. Au fond, la sĂ©curitĂ© est une question d'organisation. Du temps oĂč je craignais les descentes de police, j'ai gardĂ© le rĂ©flexe de me lever tĂŽt, avant 6 heures. J'observe. Je regarde les images qu'a enregistrĂ©es mon systĂšme de vidĂ©osurveillance pendant la nuit. Je dispose d'une adresse, oĂč je ne vis pas, destinĂ©e Ă recevoir les courriers de l'administration. Pour mes dĂ©placements, je m'interdis de voyager dans le mĂȘme vĂ©hicule que mes deux filles et mon Ă©pouse j'ouvre la route. Quand on se retrouve dans ma situation, les habitudes, tout ce qui constitue une vie normale, deviennent mortelles... En ayant cĂŽtoyĂ© ceux que j'ai cĂŽtoyĂ©s, je sais comment se passe la traque d'un peur ?La peur se financiĂšrement ?J'ai retrouvĂ© une vie professionnelle stable, en exerçant une activitĂ© Ă mon Ă©tiez, Ă©crivez-vous, un soldat » de la Brise de mer ? Est-ce une armĂ©e ?... Une mafia plutĂŽt, avec un noyau dur d'une dizaine de personnes contrĂŽlant une partie de l'Ă©conomie corse, de la promotion immobiliĂšre jusqu'Ă certains cercles de jeu parisiens. AprĂšs un passage en prison, je suis devenu le chauffeur et le garde du corps de Francis Mariani, parrain redoutĂ© de la Brise. Lorsque je le rejoins, en 2007, le gang est en train d'imploser dans un climat de paranoĂŻa mortelle. On se dĂ©place en convoi de trois vĂ©hicules, sanglĂ©s dans nos gilets pare-balles, toujours armĂ©s. CĂŽtoyer de tels personnages donne un sentiment de surpuissance. Au-dessus des hommes. Par- delĂ la justice. Nous touchons 3 000 Ă 4 000 ⏠par mois. Mon avocat, Me Jean-Michel Mariaggi NDLR griĂšvement blessĂ© en octobre 2015 dans une tentative d'assassinat, parle du syndrome Rolex, calibre et Audi A3 ».Pourquoi avoir dĂ©cidĂ© de quitter le milieu ?Je n'en pouvais plus. En fĂ©vrier 2009, j'ai Ă©chappĂ© Ă une premiĂšre tentative d'assassinat, alors que je circulais Ă moto sur une route de montagne. Un mois plus tard, j'ai quittĂ© la Corse pour la Suisse, croyant pouvoir rompre en douceur avec mon passĂ©. C'Ă©tait une quelques mois plus tard, vous dĂ©cidez de parler...Oui. Au lieu de livrer des confidences anonymes aux enquĂȘteurs, comme cela se fait si souvent en Corse, je choisis d'assumer, quitte Ă passer pour une balance » aux yeux de mes anciens amis. Mais, moi, je peux me regarder en face... Certains enquĂȘteurs m'ont soutenu, me laissant mĂȘme leur numĂ©ro personnel. Leur hiĂ©rarchie, elle, m'a lĂąchĂ©. Des magistrats se sont montrĂ©s prĂ©occupĂ©s de ma situation, d'autres n'ont pas tenu leurs engagements. Bref, on s'est servi de a-t-on proposĂ© le statut de repenti ?En 2009, ce statut Ă©tait votĂ© mais les dĂ©crets d'application n'Ă©taient pas pris. Ils ne l'ont Ă©tĂ© qu'en 2014 lire ci-dessous ! Un magistrat, qui gĂ©rait l'un des dossiers dans lesquels j'Ă©tais entendu, a pris sur lui la responsabilitĂ© d'appeler la commission chargĂ©e de dĂ©livrer le statut. Mais je me suis rendu compte Ă quel point, en France, ce processus Ă©tait artisanal. Lorsque nous avons eu un rendez-vous, soi-disant discret, Ă Disneyland, les policiers du service interministĂ©riel d'assistance technique se sont trompĂ©s sur le faux nom qui m'avait Ă©tĂ© attribuĂ© pour la rĂ©servation. Ils ont dĂ» exhiber leurs cartes professionnelles Ă l'accueil ! Dans le cadre du programme, mes filles ont vu un psy, ce qui a occasionnĂ© chez elles des insomnies pendant plusieurs nuits. IntĂ©grer ce processus revient Ă se mettre en prison et son entourage avec. Ce processus impose en effet de rompre avec votre famille, vos avocats, de dĂ©scolariser vos enfants afin d'Ă©viter le contact avec l'extĂ©rieur. C'est pourquoi lorsque mon dossier a Ă©tĂ© rejetĂ© par la commission Ă une voix prĂšs, ce fut paradoxalement une dĂ©livrance pour des regrets ?Je n'avais pas conscience de ce que ma dĂ©cision allait impliquer. Si j'avais anticipĂ© ce qui allait suivre, je crois que je ne serais pas allĂ© au bout. La justice veut de l'aide, des tĂ©moignages sans tenir compte des consĂ©quences. Et au bout du chemin, on se retrouve avenir, comment le voyez-vous ?J'ai des projets personnels et professionnels mais tout peut s'Ă©crouler demain. Mon avenir se trouve entre les mains de la justice. Pour ma part, j'ai tenu mes engagements en aidant policiers et magistrats Ă boucler bon nombre d'affaires. Je suis mis en examen dans trois dossiers, dont le meurtre de Richard Casanova NDLR autre figure de la Brise de mer. Ma vie peut basculer avec une condamnation. Je ne suis pas un saint. Mais certainement pas un assassin.
je me brise lorsqu on me nomme